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mercredi 1 février 2012

Contribution / Fodé Elie Daraba, enseignant biblique et écrivain au cardinal camerounais N’Tumi : ‘’Dieu est dans le Rhéma et non le Logos’’

Publié par le quotidien ivoirien L'intelligent d'Abidjan ce 1 février 2012

Fodé Elie Daraba est enseignant biblique et écrivain. Dans cette contribution il exprime sa colère contre une sortie du cardinal camerounais Ntumi qui déclarait récemment sur les ondes de Rfi que Ouattara n’a pas gagné les élections et, lui rappelle son rôle d’homme de Dieu.
Ayant entendu les contrevérités de la bouche d'un homme de Dieu ce matin par RFI, je viens m'insurger contre les propos du cardinal Ntchumi du Cameroun.
A la question de savoir qui est Monsieur Ntchumi, je répondrai qu'il est cardinal et camerounais et qu'il vient d'écrire un ouvrage sur sa foi, et c'est justement là que naît ma suspicion vis-à vis d'un octogénaire dont la dernière œuvre sur terre devrait être de paraître aux yeux de Dieu comme un homme juste et un grand homme, un enfant de Dieu, un fils de Dieu et aussi un vrai serviteur de Dieu
La parole de Dieu nous enseigne que tout homme est stupide par sa science (Jérémie 51 verset 17) . Comment cet homme dont on nous dit qu'il aurait fait des études sacerdotales au Nigéria et qui, au seuil de son tombeau peut-il oublier
1- Matthieu 5 v9: ‘’heureux ceux qui procurent la paix car ils seront appelés fils de Dieu’’,
2- Romains 8 v14 : car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu’’ ;
3- Romains 8 v16 : ‘’l'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu’’.
Je voudrais me permettre, sans avoir la prétention d'avoir le background de Mr le cardinal, lui rappeler humblement que Dieu est dans la révélation et non dans les études théologiques ( le rhéma et non le logos). La radio RFI a révélé que le cardinal en question s'est informé auprès d'un homme pour savoir qui a gagné les élections en Côte d'Ivoire. Ce genre de questions que Mr Christophe Bouabouvier aime à poser n'engendre-t-elle pas une situation nuisible à la paix et à l'équilibre de la Nouvelle Côte d'Ivoire? Sinon comment comprendre que 9 mois après l'installation du président Alassane Ouattara au pouvoir, après tous les chantiers que lui et son gouvernement ont initiés, les résultats palpables auxquels ils sont arrivés, comment comprendre que l’on veuille encore attiser la braise pour que le feu reprenne en Côte d'Ivoire ? Je suis outragé qu'un serviteur de Dieu, au soir de sa vie, participe à cette bêtise humaine que Dieu qualifie d'abomination. Le tribunal de Dieu qui est l'oralie le rattrapera dans tous les cas. Beaucoup de soupçons pèsent sur certains hommes de Dieu mais de grâce qu'il n'en rajoute pas. Il faut prier sans cesse pour que la paix de Dieu qui est au-dessus de toute intelligence vienne habiter les cœurs meurtris, hélas déformés par des témoignages suspects. En ma qualité de simple enseignant biblique, et non théologique, j'invite quelques serviteurs de Dieu à découvrir aussi la tératologie et à tirer quelques conclusions.
Quand on est serviteur de Dieu, on interroge d'abord Dieu et non les hommes, sauf si on ne possède pas de relation personnelle avec le Seigneur. Dieu nous a déjà dit qu'il n'est rien de caché qui ne doive être découvert, rien de secret qui ne doive être connu et mis au jour (Luc 8 v17). Sa malédiction est sur ceux qui se confient en l'homme. Ne dit-il pas dans Esaie 31 v1 : ‘’malheur à ceux qui descendent en Egypte pour avoir du secours, qui s'appuient sur des chevaux et se fient à la multitude des chars et à la force des cavaliers, mais qui ne regardent pas vers le Saint d'Israël, et ne cherchent pas l'Eternel !’’
Le cardinal doit savoir que seule la parole ou la vérité de Dieu est éprouvée et intemporelle. Au lieu de demander à un homme ou à un groupe d'hommes: qui a gagné l'élection et non les élections, un serviteur de Dieu prie pour que Dieu lui révèle ce qui est la vérité. L'homme peut tromper l'homme selon sa sensibilité, mais Dieu qui ne ment point, ne trompera jamais l'homme. J'attends donc que le cardinal interroge Dieu, même s'il le fait tardivement, mais qu'il nous fasse cette révélation même à titre posthume.
Mais comment faire une telle révélation si l'on n'est pas prédestiné à être là où on est; si l'on n'est pas appelé par le Seigneur, si l'on n'est pas justifié et glorifié par Jésus-Christ notre Sauveur ? ( selon ce qui est écrit dans Romains8 v30. Le cheminement spirituel d'un tel serviteur ne passe pas nécessairement par une université théologique, mais par la route tracée par Jésus dans Jean 14 v6 : ‘’je suis le chemin, la vérité et la vie’’. Ce serviteur-là sera formé à l'école de Christ qui structure et transforme. Le premier niveau de connaissance et de relation fusionnelle avec Christ est le baptême du Saint-Esprit et les dons qui vont avec (Jean 1 v33). Le deuxième niveau de connaissance et de relation fusionnelle avec Christ est sa volonté de faire de chaque serviteur, un canal et un dispensateur de bénédictions.
Le troisième niveau de connaissance et de relation fusionnelle avec Christ est le témoignage par rapport à la croix de Christ (1Corinthiens4 v1-5). Que chacun examine ses déclarations à la lumière des enseignements reçus. Ayons tout simplement le triomphe modeste.
Que Dieu bénisse tous ceux qui liront ce message du prophète Fodé Elie Daraba, enseignant biblique et écrivain

samedi 28 janvier 2012

L’actualité de la semaine reste dominé par la visite d’Etat du président à Paris

 Alassane Ouattara et Nicolas Sarkozy signent un nouvel accord de défense entre leur deux pays
Le président Alassane Ouattara a achevé vendredi à Paris une visite d’Etat de trois jours en “exhortant” les entreprises françaises à revenir en Côte d’Ivoire, après avoir signé un nouvel accord de défense et tourné la page des années de tensions sous Laurent Gbagbo.
Alassane Ouattara a signé jeudi avec Nicolas Sarkozy un nouvel accord de défense entre la Côte d’Ivoire et la France. Puis il a rencontré ce vendredi des chef d’entreprises français et ivoiriens, au siège du MEDEF, le patronat français.
“Je vous invite à revenir en Côte d’Ivoire”
“Je peux vous affirmer que la paix est revenue en Côte d’Ivoire”, a déclaré Alassane Ouattara, soulignant le caractère “irréversible” du processus démocratique dans le pays, devant plusieurs centaines de dirigeants français et ivoiriens réunis au siège du patronat français. “Je vous invite à revenir en Côte d’Ivoire, à y investir massivement et je sais que vous le ferez”, a-t-il conclu.
Dans un entretien sur RFI et France24 Le président ivoirien Alassane Ouattara dresse le bilan de sa visite en France
Selon lui le prochain président de l’Assemblée sera du RDR (…) Pour le prochain Premier ministre, nous en parlerons avec le président Bédié.
Il explique aussi que cette nouvel accord bilatéral de défense “transparent” vise la formation d’une nouvelle armée ivoirienne.

Source: aboukam.wordpress.com

mardi 20 décembre 2011

Barbaries des soldats (Frci) en Côte d’Ivoire – Les mesures tardives d’Alassane Ouattara

Alassane Ouattara a rencontré, hier, le ministre de l’Intérieur et celui délégué à la Défense. Ce, au lendemain de la barbarie des Forces républicaines de Côte d’Ivoire ( Frci) ayant fait 6 morts à Vavoua. Et pour laquelle Alassane Ouattara a pris un certain nombre de mesures. Notamment la mise en place d’une police militaire pour traquer tous les jeunes soldats qui font le rodéo en ville, dans les véhicules estampillés Frci, ou à moto. Il donne même 48h pour que tous ces véhicules ne circulent plus dans les rues et exige la création rapide d’un dispositif de désarmement et d’intégration de ces éléments dans l’armée régulière.
Bonne nouvelle, pourrait-on dire, au regard de ces mesures. On est même tenté d’applaudir M. Ouattara des deux mains si et seulement s’il avait eu ce courage un peu plus tôt en prenant le taureau par les cornes. Pourquoi donc avoir attendu si longtemps ? Pourquoi tant de morts, tant d’exactions dont la presse fait quotidiennement écho de la part des Frci pour se résoudre enfin à monter au créneau ? Parce que les exactions de toutes sortes, on en signale partout, aussi bien à Abidjan qu’à l’intérieur du pays. Le chef d’état-major des Frci a toujours martelé que tous ceux qui portent le treillis ne sont pas tous ses hommes. Mais alors question. Pourquoi ne pas organiser une ou des actions d’envergure pour mettre hors d’état de nuire toutes ces brebis galeuses qui ternissent l’image de ces troupes ? La presse, dans son ensemble, y compris celle proche du parti au pouvoir a de tout temps dénoncé les actes que posent les hommes du général Soumaïla Bakayoko.
Il y a quelques mois, les autorités actuelles avaient fixé un délai pour l’encasernement des éléments des Frci. Des mois se sont écoulés ; toutes ces décisions ont été aujourd’hui rangées dans les placards. Et les Frci continuent de faire la loi dans les rues d’Abidjan et de l’intérieur du pays.
Avec les mesures que vient de prendre Ouattara, on espère bien que les Ivoiriens vont retrouver la quiétude et que celles-ci vont rencontrer l’adhésion des Frci. On attend donc de voir si Ouattara et le patron des Frci maîtrisent véritablement leurs hommes.
Vincent Deh
Notre Voie

vendredi 16 décembre 2011

Proclamation officielle des résultats du scrutin législatif 2011,CEI (Président Youssouf Bakayoko)

Ivoiriens, ivoiriennes, chers frères et sœurs,

Le Dimanche 11 décembre 2011, vous avez choisi, en toute responsabilité, nos Représentants à l’Assemblée Nationale pour la Législature 2011-2016.
Au total, 1160 candidats ont compéti pour pourvoir les 255 sièges de notre nouveau Parlement.
Vous pouvez consulté tous les RESULTATS DES ELECTIONS LEGISLATIVES 2011 (CEI) en ligne
A l’issue de ses travaux, notre Institution est aujourd’hui en mesure de procéder à la proclamation des résultats du scrutin :

- Nombre de sièges à pourvoir : 254
- Nombre de candidats : 1157
- Population électorale : 5 664 377
- Nombre de votants : 2 070 793
- Taux de participation : 36,56
- Suffrages exprimés : 1 958 332


Ont obtenu :

- le Rassemblement Des Républicains (RDR): 127sièges, soit 50%


- le Parti Démocratique de Côte - d’Ivoire (PDCI) : 77Sièges, soit 30,31% 


- les candidats INDEPENDANTS : 35 soit 13,78%


- l’Union pour la Démocratie et la Paix (UDPCI) : 7sièges soit 2,76%


- le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) : 4 sièges, soit 1,57%
- le Mouvement des Forces d’Avenir (MFA) : 3 sièges soit 1,18%


- l’Union pour la Côte-d’Ivoire (UPCI) : 1siège, soit 0,39% .


La liste exhaustive des candidats élus est affichée au siège de notre Institution et peut donc y être consultée.

Il convient toutefois de préciser que la Commission Electorale Indépendante (CEI) a procédé à la répartition statistique des élus par partis ou groupements politiques, en tenant uniquement compte des parrainages faits par ceux-ci lors des dépôts de candidatures.

Je voudrais noter qu’en ce qui concerne la Circonscription électorale N° 95, en raison du décès du candidat Gaoudé Kouayé Pierre Narcisse survenu au cours de la campagne électorale, à Logoualé, il a été sursis à l’organisation du vote dans cette circonscription.
La Commission Electorale Indépendante (CEI) a transmis au Conseil Constitutionnel (CC), l’ensemble des procès-verbaux de dépouillement des votes et des pièces justificatives correspondants qu’elle a enregistrés et validés.

A compter de ce jour, « tout électeur, tout candidat, toute liste de candidats ou tout Parti ou Groupement politique ayant parrainé une candidature, dispose aux termes des dispositions de l’article 101 du code électoral, de cinq (05) jours pour saisir le Conseil Constitutionnel (CC) à l’effet de contester une élection dans une Circonscription électorale donnée ».

Chers frères et sœurs,

Par l’action de tous et de chacun, la Côte d’Ivoire, notre pays, vient de franchir le second jalon du processus de consultations électorales de sortie de crise.

La Commission Electorale Indépendante exprime ses chaleureuses félicitations à chacun et à chacune d’entre vous pour sa participation et son comportement responsable lors du déroulement de ce scrutin.

En effet, quelques mois après une consultation présidentielle qui a conduit notre pays à une désastreuse crise post-électorale, la tenue de l’élection des députés à l’Assemblée Nationale, témoigne indubitablement de notre volonté commune de vivre ensemble.

C’est pourquoi, le taux de participation de 36,56% enregistré, au demeurant en hausse par rapport à celui enregistré lors du même scrutin en l’an 2000, atteste à la fois de la gravité d’une conjoncture que chacun aura compris, et plus encore, éprouvé du plus profond de son cœur.

En outre, ce scrutin a été inclusif, puisqu’il a enregistré la participation de la plupart des partis et coalitions qui occupent le paysage politique de notre pays.

La mise en place du nouveau Parlement vient donc achever la normalisation institutionnelle de notre pays, après plus de dix (10) années de crise.

Mesdames et Messieurs, chers frères et sœurs ;

Mois après mois, semaine après semaine, jour après jour, la Commission Electorale Indépendante a œuvré sans relâche, avec l’appui de toutes les structures nationales impliquées dans l’exécution des programmes de sortie de crise, et les partenaires extérieurs, pour conduire à bonne fin, après l’élection du Président de la République, l’élection des députés à l’Assemblée Nationale.

D’énormes sacrifices et efforts financiers ont été consentis par l’Etat, les Partenaires extérieurs de notre pays, ainsi que par l’ensemble de nos concitoyens.

Aussi, voudrais-je exprimer à nouveau, la profonde gratitude de la Commission Electorale Indépendante (CEI) à Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Maître d’ouvrage du processus de sortie de crise, à l’ensemble du Gouvernement, à Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Côte d’Ivoire, à Monsieur le Représentant Spécial du Facilitateur de l’Accord Politique de Ouagadougou (APO), , aux Partenaires Extérieurs bailleurs de fonds du processus électoral, à l’ensemble de la Communauté Internationale, à tous les amis de la Côte-d’Ivoire, aux Formations politiques de notre pays, aux Organisations de la société civile ivoirienne ainsi qu’aux forces de sécurité dans toutes leurs composantes pour leur soutien constant à notre Institution.

L’Assemblée Nationale, forum de rencontre de toutes les sensibilités politiques, sera le creuset de la réconciliation nationale tant prônée par les filles et fils de notre pays, et le gage de liberté d’opinion.

Il ne fait donc plus aucun doute, la Côte d’Ivoire est désormais engagée sur le chemin du renouveau et de la stabilisation de son environnement socio-politique. Je vous remercie.

Youssouf BAKAYOKO
Président de la C.E.I.

lundi 5 décembre 2011

Côte d'Ivoire : Ouattara et Soro, partenaires particuliers

Le Président ivoirien Alassane Ouattara (à g.) et son Premier ministre Guillaume Soro. © Issouf Sanogo/AFP
L’un joue au mentor, l’autre à l’élève appliqué… Rien ne les prédestinait à s’entendre, mais Alassane Ouattara, le chef de l’État ivoirien, et son Premier ministre, Guillaume Soro, ont fini par s’habituer l’un à l‘autre. Question d’intérêts bien compris.

Alassane Ouattara et Guillaume Soro. En Côte d’Ivoire, le chef de l’État ivoirien et le Premier ministre n’en finissent plus de se congratuler. Le 10 octobre, le second remerciait chaleureusement le premier pour « son précieux soutien » – c’était lors de l’ouverture d’un séminaire-bilan des cent premiers jours du gouvernement. Le lendemain, le président de la République félicitait son Premier ministre pour « la conduite rigoureuse des travaux ». Auparavant, il avait déjà loué la loyauté et l’implication d’un Guillaume Soro qui, depuis sa nomination, joue les élèves modèles et disciplinés. En public, depuis six mois qu'ils travaillent officiellement ensemble, les deux hommes affichent une cohésion sans faille et tiennent le même langage : travail, reconstruction, réconciliation.

Trop beau pour être vrai ? « Ce n’était pas gagné d’avance, mais ils forment un bon attelage, affirme un ministre qui souhaite garder l’anonymat. Soro apprend vite et il a parfaitement intégré la méthode Ouattara. Comme lui, il se montre disponible, très pragmatique, et va à l’essentiel. »

Au quotidien, la répartition des tâches est bien établie. Le chef de l’État se consacre à l’économie et à la diplomatie, tandis que le chef du gouvernement planche sur les questions de défense et de sécurité. Chaque semaine, le rituel est immuable. Le mercredi, c’est Guillaume Soro qui anime un Conseil de gouvernement. Le lendemain, Ouattara reprend la main et dirige le Conseil des ministres. Sur le terrain, les progrès sont visibles : l’activité économique a repris, l’administration s’est remise au travail, et la sécurité progresse, même si l’on déplore encore de nombreux débordements du côté des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI).

Petites mises au point

Officiellement, donc, pas un nuage dans la relation entre Ouattara et Soro. Mais cela n’exclut pas les affrontements à fleurets mouchetés, et les mises au point se font parfois par l’entremise des journaux acquis à la cause de l’un ou de l’autre (Le Patriote pour le président et Nord-Sud pour le Premier ministre).

Impatient d’imposer le retour de l’État de droit et la fin de l’économie parallèle dans le nord de la Côte d’Ivoire, le chef de l’État s’inquiète du comportement des anciens comzones, qui ont longtemps accompagné Guillaume Soro, et de l’affairisme de certains membres du gouvernement. En fin politique, le Premier ministre sait qu’il doit malgré tout ménager ses anciens compagnons qui répètent à l’envi que ce sont eux qui « ont porté Ouattara au pouvoir ». Il ne souhaite pas non plus que l’on empiète sur ses prérogatives et s’offusque des interférences des hommes de la présidence. Parmi eux, Philippe Serey-Eiffel, conseiller économique d’Alassane Ouattara, et Amadou Gon Coulibaly, secrétaire général de la présidence, qui se mêlent de toutes les questions liées à l’économie, aux infrastructures et au budget, jusqu’à donner directement des consignes aux ministres. Début août, Soro a vu rouge et sommé lesdits ministres de ne plus obéir au conseiller français. Depuis, les choses sont rentrées dans l’ordre : Serey-Eiffel, nommé en septembre coordinateur du corps de conseillers de la présidence, a été prié de se faire discret.

Des itinéraires divergents

Au départ, rien ne prédestinait les deux hommes à s’entendre. Une génération les sépare : Ouattara, 69 ans, pourrait être le père de Soro, 39 ans. Le premier est malinké et musulman ; le second, sénoufo et catholique. Leurs parcours divergent aussi : le chef de l’État est un brillant économiste, passé par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le Fonds monétaire international (FMI) et la primature ivoirienne. La communauté internationale voit en lui une sorte de « président idéal » et ferme les yeux sur la poursuite des exactions.

Titulaire d’une maîtrise d’anglais, Soro est un ancien leader estudiantin arrivé au pouvoir par les armes. Excellent tribun, c’est un redoutable politicien dont les grandes puissances se méfient. Élevé à l’idéologie marxiste, il s’est converti au libéralisme, mais reste très souverainiste. Et quand Ouattara, son « grand frère », n’ose pas trop dire non à ses amis français, Soro, lui, n’a pas de problèmes de conscience – du moins pour le moment.

Entre les deux hommes, qui se tutoient, il y a donc un monde. Leur première rencontre date du milieu des années 1990. À l’époque, Soro dirigeait la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci). « Au début, nous n’étions pas vraiment sur la même longueur d’onde, précise le Premier ministre. J’étais plutôt proche de Laurent Gbagbo. » C’est lui d’ailleurs qui, involontairement, le jettera dans les bras de Ouattara en plaçant à la tête de la Fesci, fin 1998, un Bété, Charles Blé Goudé, plutôt que Yayoro Karamoko, dont Soro était proche, et qui est aujourd’hui leader de la jeunesse du Rassemblement des républicains (RDR).

Le jeune Soro s’éloigne de son mentor, qu’il accuse de surfer sur la vague de l’ivoirité. Il s’exile en Grande-Bretagne puis en France, où il poursuit ses études d’anglais et de sciences politiques. Il se rapproche d’Alassane Ouattara, qu’il voit à son domicile parisien. Lors de la campagne pour les législatives de décembre 2000, il s’engage même aux côtés d’Henriette Diabaté, la numéro deux du RDR. Prenant progressivement la tête politique de la rébellion des Forces nouvelles (FN) à partir de septembre 2002, il entretient une relation très régulière avec l’opposant Ouattara.

Les choses se gâtent quand, en mars 2007, Soro accepte de devenir le Premier ministre de Gbagbo. Dans l’entourage de Ouattara, on accuse le nouveau chef du gouvernement de jouer pour lui, voire même de trahir la grande « cause nordiste ». Et de fait, en février 2008, Soro ne répond pas à l’appel d’Alassane Ouattara, qui a ouvert les portes du RDR aux cadres des FN. Pourtant, même s’il a acheté une résidence dans le quartier de la Riviera, à Abidjan, Soro habite toujours au Golf Hôtel, à deux pas du domicile de Ouattara, qu’il continue à voir régulièrement.

« Il s’est définitivement rapproché quand il a compris que Gbagbo ferait tout pour l’éliminer après la présidentielle, explique un proche du chef du gouvernement. Pour lui, c’était une question de survie. Il a alors négocié son avenir, celui de ses représentants politiques et de sa branche armée. Ouattara s’est engagé dès la fin 2008 à intégrer les FN dans l’armée s’il était élu. »

Entre les deux tours de la présidentielle, fin 2010, les deux hommes se rencontrent discrètement et dessinent les scénarios de l’après-Gbagbo dans le cas d’une victoire finale de Ouattara. Ils ont soin d’associer Henri Konan Bédié, que Gbagbo tente lui aussi de courtiser. Ouattara va jusqu’à lui proposer de choisir le nom du futur Premier ministre, Soro pouvant aller à l’Assemblée nationale. Finalement, face à un Gbagbo qui refuse la défaite, Soro est reconduit pour mener la guerre.

L’ombre de Compaoré

Un autre homme a joué un rôle prépondérant dans l’alliance scellée entre Soro et Ouattara : le très secret Blaise Compaoré. Très proche des deux hommes, qu’il tutoie, le président burkinabè connaît le premier depuis une décennie, le second depuis près de trente ans. Que cherche-t-il en Côte d’Ivoire ? Le positionnement de son « enfant », le Burkina. Depuis l’ère coloniale, ses concitoyens migrent nombreux vers le royaume du cacao – il y aurait près de 3 millions de Burkinabè en Côte d’Ivoire (des paysans, pour la plupart, qui envoient régulièrement des fonds dans leur pays d’origine).

Pour Compaoré, Ouattara est l’homme qui peut enclencher la même dynamique de développement qu’Houphouët-Boigny. « Il a beaucoup d’admiration pour Ouattara, bien qu’il le trouve trop occidental dans sa tête, explique un proche du chef de l’État burkinabè. Il a donc mis à son service son expertise politique et lui a donné un grand coup de pouce lors de la dernière crise postélectorale. » C’est lui aussi qui fait entendre raison à Ouattara et arrondit les angles lorsque le feu couve avec le Premier ministre. Ce fut le cas en février 2010, quand Gbagbo décida de dissoudre la Commission électorale indépendante et le gouvernement – dissolution à laquelle Soro ne s’opposa pas suffisamment fermement selon Ouattara. Et c’est encore Compaoré qui conseille à Ouattara de cesser de menacer d’envoyer les comzones devant la Cour pénale internationale (CPI) afin de ne plus gêner les initiatives du chef du gouvernement pour les faire rentrer dans le rang.

Le président burkinabè a aussi aidé Soro à mûrir politiquement et à tenir une place capitale dans le processus de sortie de crise. Il a mis à sa disposition ses meilleurs experts : Djibril Bassolé, son ministre des Affaires étrangères, Mustapha Chafi, l’un de ses conseillers politiques, et Boureima Badini, son représentant en Côte d’Ivoire. Tous trois l’ont chaperonné à ses débuts et continuent aujourd’hui de le conseiller sur les dossiers sensibles. Soro voue une réelle affection à Compaoré, avec qui il échange quotidiennement, par téléphone ou par SMS. « Il m’a toujours soutenu en me conseillant et en m’encourageant, même aux heures les plus difficiles, mais sans jamais me dicter ma conduite », explique Soro. Aujourd’hui, Compaoré tient à ce que son « frère Alassane » travaille avec son « fils Guillaume », garant de ses propres intérêts.

Déjà un successeur ?

Pour le chef de l’État burkinabè, Soro est un pari sur l’avenir. C’est la continuité, l’assurance qu’Abidjan et Ouagadougou vont renforcer leur partenariat économique, politique et militaire. « Et on attend de Ouattara qu’il fasse la passe à Guillaume… », confie un proche du Premier ministre ivoirien.

Pour l’instant, le président ivoirien se veut rassurant. Il promet à Soro la succession au terme d’un deuxième mandat qu’il souhaite bien accomplir. Il parle peu du chef du gouvernement en présence des ambitieux leaders du RDR que sont Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko, le ministre de l’Intérieur, mais tient ses promesses. Il a accepté le principe du redécoupage électoral, voulu par Soro, et fait une place à ses compagnons qui se présentent aux législatives sous la bannière RDR, le 11 décembre. « Soro a tout intérêt à attendre son heure en s’arrimant à la locomotive Ouattara, explique un diplomate occidental. Ce dernier, s’il réussit son pari, restera à la postérité comme celui qui a permis à la Côte d’Ivoire de devenir un pays émergent. Quant au Premier ministre, il est en train de se construire un bilan qui lui permettra de se positionner en légitime successeur. »

En attendant, Soro installe ses hommes aux postes clés de l’armée et de l’administration. En tout, plus de 2 000 fonctionnaires et près de 11 000 militaires en cours d’intégration. Politiquement, il a décidé de reporter le lancement de son parti. Mais le créera-t-il ? Candidat à la députation sous la bannière du RDR, il pourrait décider d’en briguer la direction ou de convoiter celle du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), si celui-ci devait un jour se structurer en parti. Tout est possible.

Ouattara a promis de le reconduire à son poste pour une période de six mois à un an après les élections. Il semble avoir obtenu l’assentiment de son partenaire (Bédié) et des grandes puissances (France et États-Unis). Certains pensent même qu’il pourrait modifier la Constitution pour créer et lui confier un poste de vice-président. Une idée très en vogue en Afrique francophone (Sénégal, Gabon) et une fonction taillée sur mesure… Elle permettrait à Ouattara de respecter sa parole envers son allié Bédié en offrant au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) la primature, tout en gardant Soro à ses côtés.
Pascal Airault, envoyé spécial, avec Baudelaire Mieu, à Abidjan.
Source: Jeune Afrique

samedi 3 décembre 2011

Tribune: la CPI au service d’une dictature naissante? selon Le journaliste Théophile Kouamouo

Le journaliste Théophile Kouamouo estime qu'en jugeant Laurent Gbagbo, la CPI se met«au service de l’agenda d’un pouvoir tyrannique.
Mise à jour du 1 er décembre: L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo comparaîtra le 5 décembre pour la première fois devant la Cour pénale internationale (CPI) qui le soupçonne de crimes contre l'humanité commis lors des violences post-électorales de 2010-2011.

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En se mettant complaisamment au service de l’agenda d’un pouvoir à peine commençant mais déjà tyrannique, la justice internationale ne fait que confirmer sa tendance, plusieurs fois observée, à se mettre au service des alliés de l’Occident. Quitte à encourager les pires dérives.

Au diable les préventions et les scrupules. Les partisans de Laurent Gbagbo pourront toujours crier leur amertume, mais le système international, qui a pourtant promis – sans que personne ne le lui demande – qu’il ne participerait pas à la mise en place d’une «justice des vainqueurs» en Côte d’Ivoire, a décidé d’accéder au caprice d’Alassane Ouattara. Celui d’obtenir la tête de son vieil ennemi sur un plateau d’argent. A défaut d’une élimination physique concertée, les puissants de ce monde lui permettent d’obtenir ce qu’il considère comme l’assassinat politique d’une figure majeure de la lutte pour la démocratisation de l’Afrique.

Quand il s’était agi, en 2006, d’imposer des sanctions individuelles à des personnes qui entravaient prétendument le processus de paix en Côte d’Ivoire, le Conseil de sécurité de l’ONU a essayé de soigner les apparences en frappant des figures centrales du dispositif Gbagbo – Charles Blé Goudé et Eugène Djué – tout en punissant un second couteau de la rébellion – Martin Fofié Kouakou, le désormais ex-geôlier du fondateur du Front populaire ivoirien (FPI). Une récente campagne d’influence a tenté, ces derniers mois, de préparer les esprits à ce type de faux équilibre malsain. L’on promettait alors la CPI au président Gbagbo, à son épouse, à Charles Blé Goudé, à un certain nombre d’officiers supérieurs des Forces de défense et de sécurité… et parallèlement à quelques obscurs comzones de l’ex-rébellion. Mais il faut croire que le péril que leur «exfiltration» représentait pour le pouvoir d’Alassane Ouattara, aussi fragile à l’intérieur qu’absolutisé à l’étranger, était trop grand.

La justice internationale fidèle à ses pratiques

La Cour pénale internationale (CPI) voudrait-elle nous faire croire que Gbagbo, Gbagbo seul, est responsable du déclenchement de la rébellion armée qui a fait 300 morts seulement le 19 septembre 2002, de la tuerie des gendarmes et de leurs familles à Bouaké, des massacres innommables de Guitrozon et de Petit-Duékoué en 2005, des incendies de dizaines de villages à l’Ouest, du pire massacre de l’histoire de la Côte d’Ivoire – celui du quartier «Carrefour» à Duékoué ? Voudrait-elle le faire admettre à travers un habile storytelling médiatique qu’elle réussirait à convaincre le monde entier peut-être, mais pas la majorité des Ivoiriens.

Il ne faut pas s’y tromper. En exfiltrant Laurent Gbagbo pour le profit politique direct d’Alassane Ouattara, la justice internationale est fidèle à ses pratiques. Les tribunaux spéciaux pour le Rwanda, pour la Yougoslavie ou pour la Sierra Leone ont été et sont des tribunaux de vaincus. Depuis que la CPI a été créée visiblement pour «gérer» l’indocilité africaine, il n’y a que sur le cas kenyan qu’elle a poursuivi des acteurs des deux camps en présence – tous des seconds couteaux de toute façon. Et sur ce dossier, elle patauge ! Partout ailleurs, ses poursuites ont été unilatérales, et répondaient toujours aux jeux d’alliance et à la stratégie des puissances occidentales. L’on remarquera l’hallali provoqué par la rébellion d’un certain nombre de chefs d’Etat africains, qui refusent de «livrer» le président soudanais Omar El Béchir, et l’indécente «compréhension» à l’égard du Conseil national de transition (CNT) libyen qui se soustrait, sur le même mode, à «l’obligation» d’obtempérer au mandat d’arrêt contre Seif Al Islam Kadhafi.

La radicalisation violente d’un pouvoir qui se sait protégé
Un fait est intéressant à noter : la justice internationale, depuis qu’elle s’est déployée en Afrique, a été impuissante à juguler l’impunité et à imposer un respect de la vie humaine et des libertés démocratiques. Elle a aidé le président rwandais Paul Kagamé à traquer les génocidaires réels ou supposés, mais également à asseoir une «dictature développementaliste» qui n’a rien à envier à celle de Zine-el-Abidine Ben Ali. Sans vouloir comparer les itinéraires des hommes politiques en présence, absolument différents, il est piquant de remarquer que la CPI – donc le conglomérat des grandes puissances occidentales – a débarrassé Joseph Kabila, élu dans des conditions plus que troubles, de son rival Jean-Pierre Bemba. La crise de légitimité qui traverse la République démocratique du Congo n’en reste pas moins aiguë. Et les violences qui émaillent la présidentielle en témoignent.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, la CPI se comporte très clairement comme un auxiliaire d’une dictature naissante sûre d’une impunité garantie par le fait qu’elle soit sponsorisée par les grandes puissances. Les réunions secrètes entre Louis Moreno-Ocampo et Alassane Ouattara, dont les forces sont citées nommément par de nombreux témoignages parvenus à la CPI, et qui devrait être traité avec la même circonspection que Laurent Gbagbo, dénudent à la fois le procureur et l’institution. La coïncidence entre le départ de Laurent Gbagbo à La Haye et le transfert de trois journalistes de Notre Voie à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) est très troublante, et montre bien qu’à l’acharnement unilatéral de la communauté internationale, répond une radicalisation en interne d’un pouvoir qui se sait protégé. Si les milliers de morts et les centaines de milliers de déplacés dont il est coupable n’émeuvent guère les Occidentaux, pourquoi l’embastillement absurde de journalistes aurait-il des conséquences ? Bailleurs de fonds, médias internationaux et diplomaties cornaquées par la France ont décidé de fermer les yeux sur la descente aux enfers de la Côte d’Ivoire parce que celui qui la mène inconsciemment à la dérive est leur créature commune. Passez votre chemin, il n’y a rien à voir!

Théophile Kouamouo
Sur slateafrique.com

vendredi 2 décembre 2011

Côte d'Ivoire, la réconciliation nationale Mythe ou Réalité? avec le transfert de Gbagbo à La Haye

La réconciliation nationale à l'épreuve du transfert de Gbagbo à La Haye
--Un transfert qui met le feu aux poudres ?
Si la nouvelle a de quoi réjouir les nouvelles autorités ivoiriennes, qui ne cachaient pas leur impatience de voir Laurent Gbagbo remis à la CPI, le transfèrement du président déchu, considéré, aujourd'hui encore, comme un homme politique influent, ne laisse d'inquiéter.
Du côté des partisans du leader du Front populaire ivoirien (FPI), cette extradition est vécue comme une mise à mort politique. "Les sympathisants de Laurent Gbagbo se disent dévastés, rapporte Maureen Grisot, la correspondante de FRANCE 24 à Abidjan. Pour le moment, ils digèrent la nouvelle." Pour combien de temps ? Son transfèrement "risque d’attiser encore les tensions existantes dans le pays", s’inquiète de son côté Me Lucie Bourthoumieux, l’une des avocates de Laurent Gbagbo.

--Plus de mal que de bien"
"Le président déchu compte encore beaucoup de partisans", explique pour sa part Pierre Jacquemot, spécialiste de l’Afrique associé à l’Institution des relations internationales et stratégiques (Iris). À moins de deux semaines des élections législatives du 11 décembre, ce nouvel épisode judiciaire n'augure rien de bon pour nombre d'observateurs. "Les plaies du pays sont toujours ouvertes. Pour ne rien arranger les procédures de la CPI sont extrêmement longues. Le jugement de Laurent Gbagbo pourrait faire plus de mal que de bien. Il pourrait sérieusement menacer la stabilité politique intérieure du pays", poursuit le spécialiste.

Un avis partagé par Philippe Hugon, spécialiste de la Côte d’Ivoire à l'Iris. Selon lui, remettre le président déchu à la justice internationale risque fort de compromettre le processus de réconciliation prôné par l'actuel président. "La CPI est intervenue à la demande d'Alassane Ouattara. Or le camp de ce dernier a, lui aussi, sûrement joué un rôle dans les crimes commis durant la crise post-électorale", explique-t-il. "Il faut reconnaître que pour le moment le traitement judiciaire [à l’égard de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara] est déséquilibré."

--"Le jouet des puissances occidentales"
Sylvain ATTAL, chroniqueur international
L’extradition de Laurent Gbagbo est pourtant un moindre mal, nuance Sylvain Attal, spécialiste de politique internationale à FRANCE 24. "Le ‘dossier Gbagbo' est encore très frais et très sensible, explique-t-il. Alassane Ouattara a sans doute considéré que les conditions d’une justice sereine n’étaient pas réunies en Côte d’Ivoire." À l'en croire, juger l'ancien chef de l'État ivoirien à La Haye serait donc le gage d’un procès équitable et indépendant.

L'argument selon lequel la Côté d'Ivoire n'est pas en mesure de juger Laurent Gbagbo passe mal auprès de nombreux Ivoiriens. "De manière générale, les Africains ont le sentiment d’être stigmatisés par les institutions internationales", ajoute Pierre Jacquemot. "Dans le cas ivoirien, ce transfert ne va pas arranger les choses. Les gens se sentent frustrés. Ils considèrent qu’ils ne sont pas les maîtres de leur propre destin démocratique mais le jouet des puissances occidentales."
source: france24.com

jeudi 1 décembre 2011

Affaire Gbagbo: le deux poids deux mesures de la CPI

Article publié le: 30 Novembre 2011 - Auteur: Aya Touré - Source: slate.afrique
Dans la nuit du 29 au 30 novembre, l'ex-président de la Côte d'Ivoire Laurent Gbagbo est à la prison de La Haye. Le procureur de la CPI lui a signifié un mandat d'arrêt international. Le camp du président Ouattara est épargné. Alors que sur le papier, l'actuel chef de l'Etat est lui aussi susceptible d'être inquiété.Laurent Gbagbo, inculpé par la Cour pénale internationale ce mardi 29 novembre, a donc été transféré à La Haye, aux Pays-Bas, avant d'être installé dans une cellule entre l'ex-chef de guerre sanguinaire Charles Taylor et l'extrémiste serbe Radovan Karadzic.

La CPI a été d'une rapidité inégalée pour traiter le cas de l'ex-président ivoirien, débarqué du pouvoir le 11 avril dernier et emprisonné depuis dans le nord de la Côte d'Ivoire. A l'évidence, cette décision est hautement politique et le résultat de négociations entre le procureur Ocampo et les autorités ivoiriennes. En témoigne la rencontre secrète, révélée par plusieurs organes de presse, entre ce dernier et le président Ouattara, à Paris le 26 novembre dernier, et les pressions discrètes de la France dans le même sens.

Depuis le second tour de la présidentielle du 28 novembre 2010, Alassane Ouattara a maintes fois répété qu'il collaborerait pleinement avec la Cour pénale internationale. Dès la chute du président Gbagbo, le nouveau chef de l'Etat ivoirien a annoncé qu'il livrerait son prédécesseur à la Cour de La Haye. Sur ce point, il a tenu parole. Le procureur Ocampo s'est rendu à Abidjan à la mi-octobre, précédé d'une équipe d'enquêteurs. Puis en quelques semaines, il a pu boucler son mandat d'arrêt.

Enquête express à Abidjan

« Nous avons beaucoup travaillé à Abidjan, c'est pourquoi nous avons été aussi rapides, a-t-il expliqué à l'Agence France Presse. Nous avons bien organisé les choses, nous avons identifié des témoins et envoyé une équipe à Abidjan: en une semaine, nous avons mené tous les interrogatoires nécessaires pour compléter les investigations», a-t-il expliqué.

Le magistrat argentin en a profité pour saluer «la bonne coopération» avec le procureur général ivoirien, précisant que ses enquêteurs ont «interrogé plus de 160 victimes et nous ont donné une énorme quantité d'éléments de preuve».

Il a toutefois rappelé que des crimes ont été commis dans les deux camps et que d'autres personnalités suivront le même chemin que Laurent Gbagbo.

«L'enquête suit son cours. Nous continuerons de recueillir des éléments de preuve en toute impartialité et en toute indépendance, et nous saisirons la Cour d'autres affaires, quelle que soit l'affiliation politique des personnes concernées», a précisé le magistrat argentin.

A l'évidence, l'exercice s'avérera plus difficile. Laurent Gbagbo a été livré sur un plateau à la Cour pénale internationale par Alassane Ouattara. Et même si ce dernier a promis que les crimes passibles de la CPI commis par ses propres troupes seraient punis, il reste à voir qui le président ivoirien acceptera de lâcher dans son entourage. Le chef de l'Etat sait en effet qu'il doit son arrivée au pouvoir, outre à la France et aux Nations unies, à son Premier ministre Guillaume Soro et aux chefs de guerre de l'ex-rébellion des Forces nouvelles, aujourd'hui incorporés dans l'armée ivoirienne ou la sécurité présidentielle.

En outre, si la CPI tient aujourd'hui Laurent Gbagbo pour responsable de crimes commis par l'armée ou des miliciens lorsqu'il était encore aux affaires, que peut-il en être d'Alassane Ouattara? Les FRCI, Forces républicaines de Côte d'Ivoire pro-Ouattara, ont été créées par décret présidentiel le 17 mars 2011. Quelques jours plus tard -selon le CICR, Amnesty International et Human Rights Watch- des membres de ces mêmes FRCI se sont livrés à des massacres de grande ampleur dans la ville de Duekoué, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire.

Ouattara,Soro et les autres.

En outre, des rapports des Nations Unies et d'organisations de défense des droits de l'homme ont largement détaillé les exactions et les meurtres commis par des membres des Forces nouvelles (qui composent les FRCI) de l'actuel Premier ministre Guillaume Soro. Sur le papier, Alassane Ouattara, comme Guillaume Soro pourraient donc, eux aussi, être passibles de la CPI. A l'évidence, sauf bouleversement extraordinaire, leur comparution est très peu probable. D'autant que même les plus petits poissons comme le chef de guerre pro-Ouattara Kouakou Fofié, commis à la surveillance de Laurent Gbagbo à Korhogo, et soumis à des sanctions de l'ONU pour des exactions et des viols, n'a pas pour l'instant été inquiété.

Avec ce transfèrement du président Gbagbo, le procureur Ocampo, dont le mandat s'achève à la fin de l'année, peut en tout cas être assuré de quitter son poste avec un tableau de chasse fourni, alors qu'il a jusqu'ici échoué à mettre la main sur le président soudanais Omar el Béchir, poursuivi, lui, pour crimes contre l'humanité dans le Darfour depuis deux ans.

Soupçonné par les défenseurs des droits de l'homme d'actes de génocide et de massacres à grande échelle, Omar el Béchir est, il faut dire, protégé par l'Union africaine, hostile, dit-elle, à l'idée de faire juger un chef d'Etat africain en Europe. Manifestement, cette règle ne vaut pas pour Laurent Gbagbo, qui est pourtant loin d'être un «Hitler africain».

Dans l'entourage de l'ex-chef de l'Etat ivoirien, en tous cas, la colère gronde.

«C'est une forfaiture juridique que dénoncent dès à présent les avocats du président Gbagbo qui préparent la riposte appropriée, s'insurge Bernard Houdin, un de ses conseillers dans un communiqué. Messieurs Ouattara et Soro sont(.), plus que quiconque, redevables de la CPI.»

Aya Touré

mercredi 9 novembre 2011

Mise en liberté provisoire : Voici les cas des pro-Gbagbo qui seront tranchés


Un communiqué du procureur général dont plusieurs publications locales ont eu connaissance indique que « la chambre d'accusation de la cour d'appel d'Abidjan examinera (ce matin) les demandes de mises en liberté provisoire » formulées par plusieurs proches du Président Gbagbo.
Des sources proches du dossier indiquent que tous les prisonniers ont, par le biais de leurs avocats, introduit des demandes de mise en liberté provisoire. En clair, la Cour d’appel d'Abidjan va statuer sur le cas des prisonniers de Korhogo, d’Odienné, de Bouna et de Katiola. Car, selon une source crédible, même les avocats de l’ex-chef de l’Etat détenu dans la « Cité du Poro » ont introduit une demande de mise en liberté provisoire. Outre Laurent Gbagbo, la justice ivoirienne va trancher les cas de Simone Ehivet Gbagbo, de Michel Gbagbo, de Pascal Affi N’Guessan, d’Aké N’Gbo Marie-Gilbert, d’Alcide Djédjé, d’Aboudramane Sangaré, de Bro Grébé Généviève. Ceux-là sont certes les plus connus, mais ne sont pas les seuls cas qui seront examinés ce jour. En plus de ces personnalités, on en saura davantage sur les demandes formulées par les avocats de Kuyo Téa Narcisse, Jean-Jacques Béchio, Franck Anderson Kouassi, Diabaté Bêh, Dogbo Raphäel, Armand Bohui…En somme, sur les demandes de liberté provisoire de la quarantaine de personnalités politiques, à l’exception des militaires, détenues à l’intérieur du pays. Une chose est sûre : Laurent Gbagbo ne va pas bénéficier, aujourd’hui mercredi, de la liberté provisoire. Le pouvoir en place a clairement fait savoir au Front populaire ivoirien (Fpi) que son cas ne dépend des autorités d’Abidjan. Par contre, il est possible que son fils aîné, Michel Gbagbo, en prison à Bouna, puisse respirer, dans les tout prochains jours, l’air frais de la liberté…provisoirement. Il en est de même, en tous cas si l’on s’en tient à nos informations ainsi que nous l’avons révélé dans nos précédentes parutions, de tous ceux qui ont été membres du dernier gouvernement (décembre 2010-avril 2011) de Laurent Gbagbo. On pense à l’ex-Premier ministre Gilbert Aké N’Gbo, aux anciens ministres Alcide Djédjé, Danielle Boni Claverie, Dogbo Raphaël, Georges Armand Ouégnin, Jospeh Kata Kété…Quant aux politiquement marqués notamment les barons du Fpi comme Affi N’Guessan, Simone Ehivet Gbagbo, Sangaré Aboudramane, leur mise en liberté provisoire ne semble pas être assurée. Du moins au moment où nous mettions sous presse. « Tout peut évoluer à tout moment. Pour l’heure, on se garde de donner une liste définitive », soulignait, hier après-midi, une source proche du dossier, nonobstant notre insistance.
SYLLA A.
Soir Info

vendredi 4 novembre 2011

La revue de la presse ivoirienne pour ce vendredi

A la Une : la réforme de la filière café-cacao en Côte d’Ivoire

Nous avons le plaisir de partager avec vous la revue de presse ivoirien fait par Norbert Navarro l'ex-correspondant de RFI en Côte d'Ivoire
On s’achemine vers la création d’une société publique, un organe unique pour la filière café-cacao, qui génère, selon le gouvernement ivoirien, 40 % des recettes d’exportation du pays, étant rappelé que la Côte d’Ivoire est toujours premier producteur mondial de cacao.

Pour Fraternité Matin, « un vent nouveau semble souffler sous les cacaoyers ». Le quotidien gouvernemental, qui faisait sa Une hier jeudi 3 novembre sur cette réforme, y revient ce matin pour souligner que le gouvernement « opère le retour à la stabilisation des prix ». Pour y parvenir, la réforme prévoit que l’État vende « de façon anticipée environ 70% de la production ivoirienne, sur le marché mondial. Les 30% restants (seront) livrés au jour le jour », explique Frat mat (…) le prix indicatif faisant place au prix garanti ».

Autre objectif du gouvernement, « réaliser 50% de l’offre mondiale contre 40% actuellement », relève Fraternité Matin.

Et « les planteurs (sont) les grands gagnants », estime, ce vendredi matin, Nord-Sud. Même si, pour eux, « l’heure n’est peut-être pas à la fête (…) ils ressentent forcément la nouvelle réforme comme un nouveau départ », affirme le journal, proche du Premier ministre et ministre de la défense Guillaume Soro.

Cacao : le board ivoirien

Nord-Sud explique que
« le nœud de la réforme, c’est que le système de vente par anticipation à la moyenne de 70 à 80% de la récolte sera rétabli pour minimiser les fluctuations des cours internationaux afin de garantir les prix payés bord champ ».

Le journal précise également que la nouvelle structure sera administrée « sur une base paritaire entre l’Etat et l’interprofession (producteurs et exportateurs), et va mettre en place un mécanisme de régulation des cours garantissant un prix minimum aux producteurs égal à 60% du prix Caf », c'est-à-dire du prix comprenant le coût, mais aussi les assurances et le fret.

Nord-Sud souligne enfin que «les avantages relatifs au Droit unique de sortie, accordés par l’Etat aux exportateurs et usiniers seront révisés ».

Quotidien proche du Président Alassane Ouattara, Le patriote n’évoque pas de
« grands gagnants » comme Nord-Sud, mais affirme plus sobrement que « Ouattara opte pour une meilleure rémunération des producteurs ».

Selon le journal, cette réforme « vise le renforcement de la bonne gouvernance et de la transparence (…) le développement d'une économie cacaoyère et caféière durable (…) la sécurisation du revenu des producteurs (…) ainsi que l'amélioration de la commercialisation (…) et, en prime, une interprofession forte et assise sur des organisations de producteurs crédibles ».

Le Patriote précise aussi qu’il sera mis en place un « comité d'experts nationaux et internationaux ». Quand à la structure unique, elle sera administrée « sur une base paritaire entre l'Etat et l'interprofession ».

Commentaire du quotidien ivoirien : c’est un « signal fort que le président Ouattara, adepte de la bonne gouvernance vient de donner aux bailleurs de fonds ».

Côte d’Ivoire : concurrences législatives

Elections législatives en ordre dispersé en perspective en Côte d’Ivoire. Avec tout d’abord, à en croire la Une de Fraternité Matin, un « malaise au RHDP », le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix, c'est-à-dire la coalition des quatre partis composant la majorité présidentielle que sont le RDR, le rassemblement des républicains d’Alassane Ouattara, le PDCI, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire, de l’ex-Président Henri Konan Bédié, l’UDPCI, l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire d’Albert Toikeusse Mabri, et le MFA, le Mouvement des forces d’avenir d’Anaky Kobéna.

« Bédié a-t-il vendu le PDCI ? », se demande en Une Fraternité Matin, qui rapporte que « les militants du Pdci-Rda sont gagnés par un esprit de fronde. Ils accusent Henri Konan Bédié, leur président, d’avoir livré le parti, pieds et poings liés, au Rassemblement des républicains (…) Pour ceux-ci, la part belle accordée au Rdr dans le partage des candidatures est semblable à une offre publique d’achat.».

Pour L’Inter, le RHDP vole carrément « en éclats ». Le journal énonce qu’Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié ont eu hier « une rencontre à huis clos à l'issue de laquelle ils ont décidé de lâcher prise et d'ouvrir la compétition entre les différents partis politiques », contrairement à ce qu’avait prévu le RHDP, qui consistait en fait à offrir une prime au parti en tête dans chaque circonscription sur la base des résultats de la présidentielle. « Ce recul de Bédié et de son « jeune frère » Alassane Ouattara, est la conséquence de la grogne voire la fronde qui s'organisait au sein du Pdci », estime L’Inter.

Le Nouveau Réveil confirme. « Bédié autorise tous les candidats à compétir aux couleurs de leur parti », titre le journal proche du PDCI. « On est passé à côté d’une catastrophe », concède le quotidien, qui résume : « tous les chevaux sont désormais lâchés ».

Commentaire du Nouveau réveil : « Qui n’a en effet pas perçu le danger de voir une telle élection se dérouler avec un partage du territoire aux allures tribales et ethniques ? Si (Henri Konan Bédié) a pris la décision de rectifier rapidement le tir, c’est parce qu’il a, lui aussi, perçu le danger. L’Onu pourrait-elle certifier une élection pareille ? Déjà que la participation du Fpi et du Cnrd est incertaine, il ne fallait pas en rajouter en gonflant le nombre des recalés au sein même du Rhdp ».

mercredi 2 novembre 2011

Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Les 50 qui font la Côte d'Ivoire















Dans son n°2651/52 en kiosque du 30 octobre au 13 novembre, Jeune Afrique dresse le portrait des cinquante personnalités jouant un rôle de premier plan dans la refondation du pays. Pas de doute, la Côte d'Ivoire d'Alassane Ouattara se met en place.

Depuis la chute de Laurent Gbagbo, le 11 avril dernier, tout change en Côte d'Ivoire. Le style est à la rupture. Au-delà de l’inévitable valse dans les ministères, des disgrâces prononcées, des exils forcés et des poursuites judiciaires lancées contre les barons de l’ancien régime, de nouvelles figures apparaissent.

Autour du chef de l'État, Alassane Ouattara, des décideurs politiques incarnent l’alternance, d’autres assurent une certaine forme de continuité. Le dosage est subtil et ne doit rien au hasard. Guillaume Soro, Charles Konan Banny et Henri Konan Bédié sont toujours là, mais des ministres – comme Anne Désirée Ouloto en charge de la Salubrité urbaine – ou des militaires – à l'image du nouveau chef d'état-major, Soumaïla Bakayoko – montent en puissance. La famille emmenée notamment par l'épouse, Dominique Ouattara, est également aux avants-postes.
Du côté des barons de l’économie et des leaders d’opinion

Dans la sphère économique, les « big boss » à la stature incontestable ont su rebondir : Jean Kacou Diagou, Jean-Louis Billon, Bernard Koné Dossongui...D'autres personnalités, plus neuves, ont en charge la relance de la filière café-cacao, du port d'Abidjan ou bien encore de la Petroci.

Et puis, la Côte d’Ivoire a la chance d’avoir des sportifs, des artistes, des journalistes, des intellectuels et des leaders associatifs qui pratiquent, non sans un certain talent, le dépassement de soi pour aller vers l’autre. Didier Drogba, Magic System, Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly, Venance Konan, Jacqueline Mariam Dao-Gabala...sont d'infatigables militants de la paix. La réconciliation nationale dans un pays profondément meurtri relève de la catharsis.
À ces cinquante-là de ne pas décevoir.

Retrouvez la sélection de Jeune Afrique et les 50 portraits des Ivoiriens incontournables, dans l’édition du 30 octobre (numéro double, en vente deux semaines).

Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Les 50 qui font la Côte d'Ivoire

Législatives 2011 : La CEI décale l’heure de clôture du dépôt des dossiers de candidature


Alors que le camp Gbagbo réclame un report des législatives
Selon l'AFP le camp du président ivoirien déchu Laurent Gbagbo a réclamé mardi un report des législatives prévues le 11 décembre, se redisant prêt à participer au scrutin si ses conditions, libération de ses détenus notamment, étaient satisfaites.

"Aucun dossier de candidature" des partis pro-Gbagbo "n`a encore été déposé", a déclaré à l`AFP Sylvain Miaka Oureto, président par intérim du Front populaire ivoirien (FPI, formation créée par M. Gbagbo), au lendemain de la clôture de la période de dépôt des candidatures.

"Le dialogue est ouvert et nous espérons que la discussion va se poursuivre" avec le gouvernement du président Alassane Ouattara, a-t-il indiqué.

L`ancienne coalition au pouvoir, le Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD), qui menace depuis des semaines de boycotter les élections, s`est réunie mardi pour faire le point sur les échanges de la veille avec le ministre de l`Intérieur Hamed Bakayoko.

S`il s`est réjoui d`"avancées significatives", M. Oureto a cependant maintenu les exigences de son camp, en particulier la restauration de la sécurité et la libération ou le retour d`exil des anciens responsables du régime déchu, notamment M. Gbagbo, détenu depuis plus de six mois.

"On ne peut pas apporter des solutions en deux, trois heures", "un petit décalage" du scrutin sera nécessaire, a-t-il affirmé, souhaitant que le gouvernement consente à "un report d`un ou deux mois".

"Nous avons toujours été pour le principe d`aller aux élections", mais pas avec "des dés pipés", a-t-il insisté.
M. Ouattara a souhaité de nouveau lundi, au nom de "la démocratie", que le FPI prenne part au scrutin, tout en jugeant "impérative" sa tenue à la date prévue.

M. Gbagbo, son épouse Simone et une centaine de personnalités de l`ancien régime sont détenus pour crimes de sang, atteinte à la sûreté de l`Etat ou crimes économiques.
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Selon l'AIP la Commission électorale indépendante (CEI) a décalé à 24H, l’heure de clôture du dépôt des dossiers de candidature aux législatives du 11 décembre.
Dans un communiqué lu sur le plateau du journal télévisé de 13H, le porte-parole de la CEI, Bamba Yacouba, a indiqué que le délai de rigueur fixé à ce lundi reste inchangé, précisant toutefois que l’horaire a été prorogé à minuit au lieu de 17H comme initialement fixé.
Mercredi, un léger réaménagement technique du chronogramme du scrutin législatif avait été effectué, à la suite d’une requête du gouvernement, de certains candidats et partis politiques portant sur une prorogation éventuelle du délai de réception des dossiers de candidatures pour l'élection des députés à l'Assemblée nationale, rappelle-t-on.
Faisant le bilan partiel au Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, Bert Koenders, le président de la CEI, Youssouf Bakayoko, a révélé, vendredi, que seulement 276 dossiers avaient été enregistrés au siège de l’institution et qu’aucun des 200 dossiers déjà traités n’a fait l’objet de rejet par la Commission centrale.
Le parlement ivoirien devra compter, pour la législature 2011-2016, 255 députés contre 225 à la précédente, souligne-t-on.
(AIP)
kp
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jeudi 27 octobre 2011

Réhabilitation des universités / 42 milliards introuvables, incertitudes sur la date de réouverture : Ouattara est-il sans solution pour les étudiants

Publié le jeudi 27 octobre 2011 par la quotidien ivoirien|L'intelligent d'Abidjan


Bacongo est véritablement entre le marteau et l’enclume. Quand les universités vont-elles ouvrir ? Invité sur le plateau de la RTI, il y a quelques semaines, le ministre Cissé Bacongo Ibrahima avait rassuré les parents d’étudiants, les étudiants et l’ensemble des Ivoiriens : « Je ferai tout ce qui est humainement possible afin que la rentrée ait lieu le plus tôt possible, et qu’on évite une année blanche ». Message apaisant venu à la suite des opérations de déguerpissement et de démantèlement des constructions anarchiques. Cela faisait également suite à la décision de fermeture des Universités, prises dans la foulée du 11 avril 2001, à la suite de la capture de Laurent Gbagbo.

Le contexte de la fermeture

Les résidences universitaires, étaient devenues des zones d’hébergement de miliciens ; des étudiants s’étaient également transformés en bras armés et séculiers du régime. Les plaintes contre la Fesci et les étudiants étaient si nombreuses que la population a applaudi à deux mains, cette mesure de salubrité morale, de sécurité publique que constituait certes la décision de fermeture des universités ; mais qui sur le plan social et même éthique pose problème : fermer l’université, c’est créer d’autres types de problèmes pour les parents. Et plus le temps passe, plus les concernés s’impatientent.

Les universités hors du bilan des 100 jours

De façon générale, le bilan des cent jours du gouvernement Ouattara a été marqué par quelques acquis : réhabilitation des routes, lancement des travaux du troisième pont, réouverture des écoles, organisation des examens à grands tirages, amélioration de la sécurité, renforcement de la gratuité des soins dans les hôpitaux, assistance aux populations démunies, normalisation progressive au niveau politique, et perspectives d’organisation des législatives. Toutefois, la question de l’Université semble être un grain de sable, une pierre dans le bilan et le jardin du président de la République. Plus les jours passent, après environ six mois de fermeture, plus l’impatience pointe à tous les niveaux. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé de prendre les taureaux par les cornes, au niveau du gouvernement.

Des débats animés

Selon nos informations, deux thèses et tendances se dessinent : la première tendance appelle à la réouverture de l’université dans les meilleurs délais, soit dans trois mois au plus tard. La seconde tendance, plaide pour que le gouvernement prenne le temps de régler tous les problèmes et évite donc la précipitation. Quels sont les arguments des uns et des autres ? N’y a-t-il pas une troisième voie ? Quelle est la position réelle du ministre Cissé Bacongo qui gère le dossier ?

La position du ministre Bacongo

Cissé Bacongo a essayé de mobiliser tout le gouvernement et de nombreux opérateurs économiques. Les architectes, les banquiers et plusieurs hommes d’affaires ont été invités à visiter les différents sites et à voir les opportunités qui se dégagent en termes d’investissement. Le Premier ministre en personne s’est rendu sur les lieux. Les projets sont nombreux et grands. Il y a encore quelques jours, Cissé Bacongo, surnommé chef de chantier, et qui a établi pratiquement des bureaux sur le site de l’Université de Cocody, était sur les lieux avec le ministre du Tourisme pour voir comment convaincre des investisseurs, pour bâtir l’hôtel de l’Université, qui accueillera des enseignants et chercheurs étrangers, et permettra de développer de nouvelles ressources. Dans le cadre de la vision du chef de l’Etat, Cissé Bacongo veut faire des Universités de Côte d’Ivoire des centres d’excellence et renforcer leur capacité d’accueil, tout en adaptant le cadre de vie, ainsi que l’environnement, aux réalités nouvelles.

Wifi free zone

C’est ainsi qu’il a envisagé de construire une mosquée, des églises et autres lieux de culte non loin de la piscine à l’Université de Cocody. Le ministre veut également faire de l’espace universitaire, une Free Zone en termes de Wifi. Dès que tu entres dans le périmètre universitaire, tu as une connexion internet illimité et gratuitement. Bien avant, il faut disposer des moyens pour réhabiliter les bâtiments et les infrastructures. Pour l’instant, seuls des travaux de nouveaux amphithéâtres offerts par le District d’Abidjan se poursuivent. En dehors de cela, la plupart des amphithéâtres restent décoiffés, et les sites universitaires ne sont pas actuellement opérationnels pour accueillir des étudiants, six mois après la fermeture.

42 milliards de FCFA introuvables

Concernant les travaux, une estimation attribuée au BNETD fait état de 42 milliards de FCFA à mobiliser pour réhabiliter et équiper l’existant. « Réhabiliter coûte aussi cher et prend autant de temps que construire un nouveau site, car il faut faire un état des lieux, et reprendre tout dès la base et les fondations. Les entrepreneurs ont souvent envie de tout raser et de reconstruire, au lieu de réhabiliter simplement », explique un expert au fait de la question. Que faut-il faire dans ces conditions?

La première option

La première option au niveau des membres du gouvernement plaide pour une ouverture des Universités dans trois mois. Après donc les législatives, les étudiants reprendront la route des amphithéâtres. Mais à une condition : que dans les deux mois à venir, l’Etat engage des promoteurs qui travaillent de jour comme de nuit pour réhabiliter l’essentiel et mettre en service les bâtiments les plus urgents et utiles à la reprise. Mettre donc les bouchées doubles, même si pour certains travaux et le béton, il faut mettre forcément 21 jours pour faire sécher les gros œuvres, et faire les assemblages nécessaires. Les adversaires de cette thèse assurent que rien n’aura avancé, et que le gouvernement court les mêmes risques avec les enseignants, étudiants et le personnel : vétusté des locaux, absence de commodités pour les étudiants et les enseignants, risques de nouvelles contestations sociales, liées aux problèmes sociaux et structurels de l’université.

Dans trois mois?

Mais ouvrir dans trois mois, sans avoir réhabilité la majorité des infrastructures ni avoir dessiné les contours de l’Université de demain ; c’est, selon les adversaires de cette option, courir le risque d’une grande déception des enseignants et des étudiants. On fera de l’à peu près et on créera de nouvelles raisons pour faire exploser la bombe sociale, la jeunesse étudiante. Elle ne sera certes plus manipulée politiquement. Toutefois les attentes de solution, et les espérances suscitées par les solutions Ouattara, au niveau de l’Université pourraient inciter les enseignants, les étudiants et même les parents d’élèves à refuser d’accepter de subir encore de l’à peu près.

La seconde option

D’où l’option qui consiste à prendre son temps, et à faire face à la pression de ceux qui veulent que tout reprenne tout de suite et immédiatement. Leur faire comprendre qu’il faut sortir de l’émotion, qu’il faut travailler et ouvrir les universités quand on est vraiment prêt. Autrement, il n’aurait servi à rien de les avoir fermées. Vouloir aller à la reprise tout de suite, sans avoir réglé les questions de fond, c’est donner le sentiment que l’on s’est trompé en fermant les universités, ou plutôt que l’on ne savait pas à quoi l’on s’attendait en prenant une telle décision. Selon ceux qui refusent une ouverture immédiate, ou plutôt dans les trois mois à venir, se « précipiter » pour ouvrir les universités sans avoir pu réaliser les travaux, c’est faire un aveu d’échec ; et donner raison à ceux qui pensent qu’il s’agissait juste de démanteler les soutiens de Gbagbo, dans les universités, en dehors d’un plan mûri et réfléchi de réhabilitation et de remise à niveau.

Les défis à relever

Face à la menace de l’année blanche et aussi aux angoisses de ceux qui craignaient que ça dure lors de l’émission de la RTI évoquée plus haut , le ministre Cissé Bacongo avait d’ailleurs indiqué que l’Université en Côte d’Ivoire vivait déjà depuis plusieurs rentrées universitaires, des années blanches de fait. Selon lui, il fallait profiter de la nouvelle dynamique en Côte d’Ivoire pour remettre tout à plat, et voir comment gérer les 55000 étudiants de Cocody et des autres sites, dans le cadre du nettoyage du fichier des étudiants avec par exemple ces étudiants inscrits depuis 16 ans, à l’Université ; avec par exemple la scolarité centrale de l’Université qui enregistre dans ses fichiers 6000 étudiants inscrits en Sciences humaines et sociales, tandis qu’au niveau de la direction de cette UFR, ce sont 12000 étudiants qui y sont inscrits. Chaque choix a ses inconvénients et ses conséquences.

Des choix à faire et à assumer

Un choix est à faire, une décision politique est à prendre. Le gouvernement doit trancher et prendre une décision puis l’assumer et l’expliquer aux populations après avoir établi une grande concertation avec les acteurs du système universitaire : enseignants, chercheurs, étudiants, administration et autres partenaires locaux et extérieurs. A côté de cela, il faut trouver 42 milliards de FCFA. Un montant qui ne prend pas en compte les nouveaux équipements, et les nouvelles constructions à confier au secteur privé. Les 42 milliards de FCFA concernent donc la part de l’Etat relativement à la réhabilitation de l’existant.

Impossible et difficile appel d’offres

Des professionnels souhaitent que le gouvernement lance un appel d’offres. «Impossible. On a déjà la pression. On est en retard ! On ne peut pas demander à des gens de venir faire encore de la paperasse», a réagi une source proche du dossier qui affirme que l’Etat va assumer ses responsabilités. Et d’ajouter : «On ne peut pas traiter l’école comme on traite tout autre sujet de l’économie ; l’école c’est comme la santé. L’Etat ne peut pas faire de la spéculation là-dessus, en approchant par exemple des opérateurs économiques pour faire du B.O.T. Le système n’est pas encore privatisé. Difficile dans ces conditions de demander à des investisseurs de venir financer, pour se faire rembourser en gérant les inscriptions et autres ressources éventuelles pouvant sortir de l’exploitation du domaine universitaire. L’Etat ne peut pas abandonner les étudiants ; la durée des travaux, et la pression sociale ne doivent pas être source d’inquiétudes, poussant à prendre des décisions expéditives».

Une convention avec un consortium d’hommes d’affaires

L’on apprend qu’un consortium composé d’hommes d’affaires ivoiriens, français et de la sous-région a, à cet effet, approché le gouvernement ivoirien, pour proposer d’entreprendre les travaux de réhabilitation.Ce consortium s’engagera, au terme de la convention qui sera signée, à exécuter les travaux de réhabilitation sur une période maximale de 12 mois. En retour, l’Etat de Côte d’Ivoire s’engage à payer sur trois années budgétaires : 2011, 2012, 2013. Si pour la première année, et éventuellement dès le démarrage des travaux des travaux, le consortium peut obtenir une première tranche de paiement, par contre l’Etat ne payera rien avant la fin de l’exécution des travaux. Tout retard dans le respect des délais fera l’objet de pénalités et de sanctions strictes. Il s’agit pour les autorités de prendre toutes les dispositions utiles pour éviter que les choses traînent, et que les engagements pris, par le consortium, ne soient pas tenus dans les délais impartis. Un tel montage financier, peut-il être la solution ?

Une solution transitoire

Pris entre le marteau et l’enclume, entre ouvrir dans trois mois avec le même état des lieux et rien de nouveau sous le soleil d’une part, et d’autre part ouvrir plus tard, en prenant le soin d’offrir des bâtiments réhabilités et fonctionnels, le cabinet Bacongo réfléchit à une solution transitoire, qui permettrait d’étaler les différentes rentrées sur plusieurs sites, de voir comment profiter des opportunités des Ntics, avec les visio-conférences, ou cours à distance sur des sites délocalisés, comment démarrer d’abord avec le minimum d’acquis, dans trois mois, tout en continuant les travaux, pendant que les étudiants vont au cours. La philosophie de cette option est ainsi résumée par un enseignant : « mettre les bouchées doubles, dans les deux mois qui viennent après avoir bouclé le financement, travailler sans relâche de jours comme de nuit ; ouvrir ce qui peut être ouvert avec les nouveaux bacheliers ; à Abidjan, Bouaké, Daloa et Korhogo. Pendant les cours, poursuivre les travaux de jour comme de nuit, pour une période de six à neuf mois, s’il n’y a pas de risques pour les étudiants et enseignants, et si la présence des étudiants ne gêne pas les chantiers.» Il faut signaler, pour être complet sur le dossier, que l’université et les enseignements étaient secoués, perturbés durant la période de la crise postélectorale qui a duré six mois. Durant donc cette période, les activités avaient tourné au ralenti. Avec la décision de fermeture prise dès le 19 avril 2011, cela fait environ un an que les universités ne fonctionnent pas. Soit à cause de la crise, soit suite à la décision de fermeture.

Charles Kouassi

mercredi 26 octobre 2011

Crise Ivoirienne : les 13 hommes dans le viseur de la justice internationale (HRW)


- Jeune Afrique
Dirigeants politiques, chefs militaires, patron de presse ou miliciens… Ils sont treize, pro-Gbagbo ou pro-Ouattara, accusés d’avoir commis, permis ou encouragé les pires atrocités tout au long de la crise postélectorale en Côte d'Ivoire. Treize hommes qui sont déjà dans le collimateur de la justice internationale.

Difficile de sortir indemne de la lecture du rapport de Human Rights Watch (HRW) sur la Côte d’Ivoire, rendu public le 6 octobre. Les rescapés de la crise postélectorale, qui s’est ouverte au soir du second tour de la présidentielle, le 28 novembre 2010, y témoignent d’exactions où l’horreur le dispute à la barbarie. Le document recense, au fil des pages, des bombardements contre des civils, des actes de torture, des exécutions sommaires et des viols, et fait le bilan macabre d’une guerre qui a provoqué la mort de plus de 3 000 personnes.

Pour le rédiger, les enquêteurs de l’ONG américaine ont effectué six missions de terrain au cours desquelles ils ont recueilli les récits de plus de 500 victimes et rencontré des humanitaires, des diplomates et des journalistes. Au final, treize dirigeants militaires et politiques – officiellement toujours présumés innocents – sont épinglés. Sept appartiennent au camp du président déchu, et Laurent Gbagbo lui-même est montré du doigt. Responsables politiques, militaires, patron de presse ou chefs de milice… Ils sont soupçonnés d’avoir véhiculé la haine, d’avoir participé, orchestré ou couvert de graves exactions. Les cinq autres se sont battus pour installer Alassane Ouattara au pouvoir. Loin des conventions internationales sur la guerre, ils se sont laissés guider par un esprit de vengeance et sont, eux aussi, accusés d’actes odieux.

Ce rapport mâche le travail de la Cour pénale internationale (CPI), dont les magistrats enquêtent actuellement en Côte d’Ivoire avant de se décider à lancer des mandats d’arrêt internationaux contre les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Retour sur le parcours de ces hommes qui sont soupçonnés d’avoir commis ou permis l’indicible.

Autour de l'ex-président...

1 Laurent Gbagbo, 66 ans, détenu à Korhogo

Parce qu’il s’est entêté, obstiné, parce qu’il a refusé le verdict des urnes, l’ancien président ivoirien est tenu pour le premier responsable des violences postélectorales. En tant que chef suprême des forces armées, il a couvert – si ce n’est encouragé – les crimes commis par ses hommes et par les miliciens qui lui étaient fidèles. À la résidence présidentielle d’Abidjan, où il s’était retranché, on a découvert un important stock d’armes lourdes, achetées pour la plupart alors que la Côte d’Ivoire était sous embargo onusien et utilisées à plusieurs reprises contre des civils. Arrêté le 11 avril par les forces pro-Ouattara, il est depuis détenu à Korhogo (Nord), et a déjà été inculpé de crimes économiques par la justice de son pays. Saisie par les autorités ivoiriennes, la CPI a également ouvert une enquête et pourrait le juger pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. À ses avocats qui viennent lui rendre visite, Gbagbo affirme toujours avoir remporté l’élection présidentielle et se dit victime d’un complot franco-burkinabè.

2 Charles Blé Goudé, 39 ans, en exil au Ghana

Surnommé le « général de la rue », le chef des Jeunes patriotes occupait le poste de ministre de la Jeunesse dans le gouvernement illégitime de Gilbert Marie Aké-N’Gbo. HRW lui reproche d’avoir prononcé des discours incitant à la haine raciale et à la violence. Le 25 février, dans une déclaration prononcée devant des centaines de personnes et largement diffusée, Charles Blé Goudé avait ainsi appelé ses partisans à ériger des barrages dans les quartiers et à dénoncer les étrangers. Dans la foulée, les crimes perpétrés sur une base partisane, ethnique ou religieuse se sont multipliés. Signalé au Bénin et en Gambie, Blé Goudé se trouverait aujourd’hui au Ghana. Lors de ses sorties médiatiques, il accuse le nouveau régime « d’installer son pouvoir dans la terreur » et se dit prêt à répondre à la justice… à condition qu’Alassane Ouattara et son Premier ministre, Guillaume Soro, fassent de même. Le 1er juillet, le procureur ivoirien de la République, Simplice Koffi Kouadio, a lancé un mandat d’arrêt international à son encontre.

3 Philippe Mangou, 59 ans, Abidjan

En tant que chef d’état-major, c’est lui qui dirigeait l’armée ivoirienne, même si, dans les faits, plusieurs unités aux méthodes brutales et expéditives échappaient à son contrôle. C’était le cas du Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos), de la Garde républicaine et des fusiliers marins. Le général Mangou a participé, le 21 février à Abidjan, à une réunion publique au côté de Blé Goudé. En réponse aux jeunes qui réclamaient des kalachnikovs, il aurait promis que l’armée prendrait « tout le monde, sans tenir compte ni du diplôme ni de l’âge », ajoutant : « Nous vous convoquerons au moment opportun pour le combat. » Le lendemain de la chute de Gbagbo, Mangou a fait allégeance au nouveau président qui l’a maintenu à son poste avant de le remplacer, le 7 juillet, par le général Soumaïla Bakayoko. Il pourrait être nommé ambassadeur au Gabon.

4 Bruno Dogbo Blé, 59 ans, incarcéré à Korhogo

L’ancien commandant de la Garde républicaine est impliqué dans plusieurs cas de disparitions forcées, dans la répression brutale de manifestations pro-Ouattara et dans la persécution d’immigrés ouest-africains. Bruno Dogbo Blé est également soupçonné d’avoir orchestré l’enlèvement et l’assassinat des Français Stéphane Frantz di Rippel, patron du Novotel d’Abidjan, et Yves Lambelin, ex-directeur général de Sifca, et des collaborateurs de ce dernier. Dénoncé par l’une de ses maîtresses, il a été arrêté le 15 avril dans sa garçonnière du quartier du Plateau à Abidjan. Il est aujourd’hui détenu dans un camp militaire de Korhogo et a été inculpé, le 11 août, pour son rôle dans certains crimes de sang. Il pourrait être transféré à la CPI.

5 Guiai Bi Poin, 59 ans, détenu à Abidjan

Originaire de l’ouest du pays, formé dans les meilleures écoles américaines et françaises, il était à la tête du Cecos, redoutable unité composée de 800 gendarmes, policiers et militaires. Surentraînés, suréquipés, ses hommes seraient responsables de la disparition de dizaines de personnes. Ils sont également accusés d’avoir commis des crimes sexuels, réprimé des manifestations dans le sang et tiré à l’arme lourde sur des civils. Le Cecos a été l’une des dernières forces fidèles à Gbagbo et s’est battu jusqu’à la chute de l’ex-président, début avril. Le général Bi Poin a été entendu par un procureur militaire, le 13 mai, et remis en liberté provisoire. Il a pris part, le 22 juin, à un rassemblement d’officiers chargés de désigner les têtes de la nouvelle armée… avant d’être arrêté, le 20 août. Cinq jours plus tard, il était inculpé pour crimes économiques et placé en détention préventive à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca).

6 « Bob Marley », en prison à Monrovia

En 2002 et 2003 déjà, ce chef d’une milice libérienne avait pris fait et cause pour Laurent Gbagbo, et s’était battu pour lui. Arrêté au Liberia en mai 2011, « Bob Marley » se servait du village de Ziglo, situé dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, comme d’une base arrière. C’est là qu’il recrutait et entraînait des mercenaires libériens. HRW l’accuse d’être impliqué dans les massacres de Bloléquin et de Bédi-Goazon, perpétrés en mars, et d’être responsable de la mort d’au moins 120 personnes. D’après les témoignages recueillis par l’ONG, il a fait exécuter des immigrés ouest-africains et des ressortissants du Nord, dont des femmes et des enfants. Il est actuellement détenu à Monrovia où il doit être inculpé pour « mercenarisme ».

7 Pierre Brou Amessan, en exil à Accra

Ancien directeur général de la Radio Télévision ivoirienne (RTI), Pierre Brou Amessan a supervisé des émissions qui incitaient à la violence contre les partisans d’Alassane Ouattara et les étrangers, appelant les « vrais Ivoiriens » à les « dénoncer » et à « nettoyer » le pays. La chaîne publique a également encouragé l’attaque de personnels et de véhicules des Nations unies.

8 Denis Maho Glofieï, 56 ans, Abidjan

Chef suprême du peuple wé, troisième adjoint au maire de la ville de Guiglo, Denis Maho Glofieï a créé le Front de libération du Grand-Ouest (FLGO) pour repousser l’offensive rebelle, après la tentative de coup d’État du 19 septembre 2002. Avant la crise postélectorale, il avait fédéré les différents groupes de libération patriotiques au sein des Forces de résistance du Grand-Ouest (FRGO, dont il assurait la présidence). Il revendiquait 25 000 hommes, nourris à l’idéologie identitaire, et comptait de nombreux sous-chefs aux surnoms évocateurs : Colombo, Bob Marley, Le Vieux…

Il est accusé d’avoir orchestré les représailles contre les Baoulés, les Malinkés et les étrangers. Ses milices auraient aussi participé à des massacres dans l’ouest du pays et à Abidjan, où il a été aperçu lors des derniers mois de la crise, souvent en compagnie de Charles Blé Goudé. Maho aurait fui le quartier de Yopougon (Abidjan) avant l’arrivée des forces pro-Ouattara. Selon nos informations, il serait maintenant de retour dans la capitale économique ivoirienne et collaborerait discrètement avec le nouveau pouvoir pour démanteler sa branche armée.

... et dans le camp d'Alassane Ouattara

9 Eddie Médi, en poste à Danané

Ancien commandant du secteur de Danané, Eddie Médi a dirigé l’offensive militaire menée en février et mars de Zouan-Hounien à Guiglo, dans l’Ouest. Selon HRW, ses hommes ont assassiné de nombreuses personnes, violé au moins vingt femmes et réduit plus de dix villages en cendres. Ils ont commis leurs exactions après avoir pris le contrôle de la région, notamment lors des opérations de « nettoyage » menées depuis la base de Bloléquin. En septembre 2002, Eddie Médi faisait déjà partie des chefs du Mouvement pour la justice et la paix (MJP), l’un des groupes rebelles qui ont donné naissance aux Forces nouvelles (FN). Aujourd’hui, ce redoutable chef militaire est toujours commandant des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI).

10 Losseni Fofana, Abidjan


« L’Intrépide Loss », comme aiment à l’appeler ses soldats, est l’un des hommes forts de l’ex-rébellion. Il a conquis l’Ouest ivoirien infesté de miliciens pro-Gbagbo et de mercenaires libériens. Ancien chef militaire de la zone Man, il était le supérieur du capitaine Eddie Médi. Les soldats sous son commandement ont pris le contrôle de Duékoué le 29 mars au matin. Ils sont soupçonnés d’avoir participé au massacre de centaines de personnes dans le quartier Carrefour. Loss a été nommé en août vice-commandant des Forces spéciales, corps d’élite de la nouvelle armée.

11 Chérif Ousmane, Abidjan

Ex-chef rebelle charismatique, patron des bérets verts de la redoutable compagnie Guépard devenu commandant de zone de la IIIe région militaire de Bouaké, le commandant Chérif Ousmane a participé à l’assaut final sur Abidjan. Ses hommes ont notamment conquis Yopougon, le principal fief des partisans de Gbagbo, au prix d’exécutions sommaires. Selon HWR, il aurait ordonné la mort de vingt-neuf prisonniers début mai. Un rapport de l’agence de presse des Nations unies, l’Irin, publié en 2004, le soupçonne d’avoir supervisé des forces impliquées dans l’assassinat de mercenaires libériens et sierra-léonais. Alassane Ouattara l’a promu, le 3 août 2011, numéro deux du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR).

12 Ousmane Coulibaly, Abidjan

C’est sous le pseudonyme de Ben Laden qu’il s’est fait connaître, mais c’est maintenant Ben le sage qu’il se fait appeler. Ousmane Coulibaly a longtemps commandé les FN à Odienné. Lors de la bataille finale d’Abidjan, il a dirigé des éléments, basés à Yopougon, accusés d’être impliqués dans des meurtres, des actes de torture et des détentions arbitraires. En 2003, il commandait le MJP dans la ville de Man. Il entretenait alors des liens avec l’ancien président libérien, Charles Taylor, et avec ses miliciens. Ayant rejoint les Forces spéciales en août, il assure la sécurité dans le quartier de Yopougon.

13 Amadé Ouérémi, dans la région du mont Péko

Le Burkinabè Amadé Ouérémi dirige un groupe de miliciens burkinabè dans la région du mont Péko, à l’extrême ouest du pays. Lui et ses hommes sont soupçonnés d’être les principaux auteurs du massacre de Duékoué, commis fin mars. Ils combattaient alors aux côtés des FRCI. L’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) a récupéré des armes et munitions auprès de 90 membres de cette milice, le 10 août dernier. Une toute petite partie de leur arsenal

Source:Jeuneafrique.com