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lundi 9 mai 2011

Le Président Alassane Ouattara a prêté serment


Le président élu ivoirien reconnu par l`ONU Alassane Ouattara prêtera serment vendredi à Abidjan, a- t-on appris jeudi des sources proches du camp Ouattara.

La prestation de serment est prévue pour 16h00 heures locales dans les locaux du palais présidentiel, au Plateau (quartier administratif d`Abidjan).

M. Ouattara qui a été reconnu jeudi vainqueur du scrutin présidentiel ivoirien du 28 novembre par le président du Conseil constitutionnel ivoirien Paul Yao Ndré, sera ainsi conforté de manière officielle dans sa fonction de chef d`Etat ivoirien.

M. Yao Ndré a entériné lors d`une déclaration la décision de la Commission électorale indépendante (CEI) qui avait déclaré M. Ouattara victorieux du scrutin le 2 décembre dernier.

Paul Yao Ndré, un proche du président sortant Laurent Gbagbo, avait déclaré celui-ci président de la république avec plus de 51 % des suffrages et l`avait investi deux jours après que la CEI eut désigné Alassane Ouattara vainqueur du scrutin avec plus de 54 % des voix.

Le pays a été ainsi plongé dans une situation de bicéphalisme jalonnée de violences meurtrières jusqu`à l`arrestation de Laurent Gbagbo le 11 avril par
es forces pro-Ouattara avec le soutien de l`ONU et de la force française Licorne.

Alassane Ouattara, 69 ans, s`attelle à remettre le pays sur les rails et à donner une assise légale et juridique à son pouvoir.

La cérémonie de prestation de serment sera suivie de la cérémonie d`investiture programmée pour le 21 mai à Yamoussoukro (centre).

Le Conseil constitutionnel proclame Alassane Ouattara président et il va prêter serment vendredi


Le Conseil constitutionnel a proclamé jeudi Alassane Ouattara président de la République de Côte d`Ivoire, après cinq mois de crise liée à la contestation de la présidentielle du 28 novembre par le chef d`Etat sortant Laurent Gbagbo, arrêté le 11 avril, a constaté l`AFP.

Le Conseil constitutionnel proclame M. Alassane Ouattara président de la République de Côte d`Ivoire et l`incite à prêter serment en audience solennelle dans les meilleurs délais, a déclaré Paul Yao N`Dré, le président du Conseil lors d`une déclaration à Abidjan.

Le 3 décembre 2010, M. Yao N`Dré, proche de Laurent Gbagbo, avait ouvert la plus grave crise de l`histoire du pays en proclamant M. Gbagbo réélu avec 51,45% des suffrages au scrutin du 28 novembre.

Le Conseil venait alors d`invalider les résultats de la commission électorale indépendante, certifiés par l`ONU, donnant M. Ouattara vainqueur avec 54,1% des votes.

Le Conseil constitutionnel a proclamé M. Ouattara président après avoir fait siennes les décisions contraignantes prises par l`Union africaine (UA) qui avait reconnu la victoire de M. Ouattara et demandé le départ de M. Gbagbo, a déclaré M. Yao N`Dré, en lisant la décision du Conseil.

Dans sa décision, le Conseil précise également que la Côte d`Ivoire étant membre de l`UA, les normes et dispositions internationales acceptées par les organes nationaux compétents ont une autorité supérieure à celles des lois et décisions juridictionnelles internes.

Le président élu Alassane Ouattara, proclamé
officiellement président de la République de Côte d`Ivoire jeudi par le
Conseil constitutionnel, prêtera serment vendredi au palais présidentiel
d`Abidjan, a annoncé le président du Conseil.
"Habituellement la prestation de serment se fait lors de la cérémonie
d`investiture (prévue le 21 mai), mais dans ce cas précis (...) le Conseil
constitutionel va jouer son rôle demain", vendredi, a déclaré Paul Yao N`Dré
après avoir présenté à M. Ouattara la décision du Conseil le proclamant chef
de l`Etat.
La cérémonie de prestation de serment se déroulera à 16H00 (locales et
GMT), au palais présidentiel, ont précisé les services de la présidence.
Le Conseil constitutionnel a proclamé jeudi Alassane Ouattara "président de
la République de Côte d`Ivoire", après cinq mois de crise liée à la
contestation de la présidentielle du 28 novembre par le chef d`Etat sortant
Laurent Gbagbo, arrêté le 11 avril.
Les membres du Conseil se sont ensuite rendus au Golf hôtel d`Abidjan, le
quartier général de M. Ouattara, pour présenter au chef de l`Etat la décision
du Conseil constitutionnel, a constaté un journaliste de l`AFP.
Le 3 décembre 2010, M. Yao N`Dré, proche de Laurent Gbagbo, avait ouvert la
plus grave crise de l`histoire du pays en proclamant M. Gbagbo réélu avec
51,45% des suffrages au scrutin du 28 novembre.
Le Conseil venait alors d`invalider les résultats de la commission
électorale indépendante, certifiés par l`ONU, donnant M. Ouattara vainqueur
avec 54,1% des votes.

samedi 8 janvier 2011

La paix en Côte d’Ivoire doit passer par le droit électoral local (Le Monde)


Image du débat télévisé Ouattara-Gbagbo avant le 2e tour
LEMONDE.FR – Edgard Kiganga Siroko, avocat

La passion et l’aveuglement conduisent souvent à émettre des points de vue aussi inexacts que subjectifs sur l’appréciation et la résolution de difficultés d’ordre politique. La situation politique qui prévaut en Côte d’Ivoire à la suite de l’élection présidentielle du 28 octobre 2010, n’échappe pas à ce constat.

Au lieu de se lancer dans des imprécations, anathèmes, ultimatum, voire des exécutions sommaires, il convient de se rappeler que l’actuel défi de la préservation de la paix en Côte d’Ivoire, et finalement de la sécurité internationale dans toute la région, est posé par un simple contentieux électoral. En somme, tout ce qu’il y a de plus banal, tant la plupart des consultations électorales ont leurs lots de contestations, même dans les Etats les plus expérimentés.

Chacun conserve en mémoire l’élection présidentielle aux Etats-Unis d’Amérique du Nord du 7 novembre 2000, par le spectacle donné, au monde médusé, par le pays le plus moderne, qui a mis plus d’un mois pour tenter de recompter les voix des candidats George W. Bush et Albert A. Gore Jr. Les opérations de recomptage tournèrent à une bataille juridique autour de la validité du vote et de la fiabilité des machines à voter utilisées. La Cour suprême des Etats-Unis jugea le recomptage ordonné par la Cour suprême de Floride anticonstitutionnel et retint l’impossibilité d’effectuer un recomptage dans les délais constitutionnels.

En Côte d’Ivoire, proposer des solutions acceptables par les parties, commande de partir des instruments juridiques internes et, au premier rang, le droit électoral local. C’est l’ordonnance du 14 avril 2008 portant ajustement du code électoral pour les élections générales de sortie de crise qui régit précisément l’élection dont le résultat est contesté.

Monsieur Laurent Gbagbo, alors président en exercice, l’a signée et lui a ainsi donné plein effet dans l’ordonnancement juridique de l’Etat Ivoirien. Dans un contexte d’évocation, part certains, de « recolonisation de l’Afrique par l’ONU », il convient d’insister sur le fait que ce texte est entré en vigueur en Côte d’Ivoire au visa précisément de la résolution 1765 (2007) du Conseil de sécurité des Nations-Unies du 16 juillet 2007. Le point 6 de ladite résolution donne compétence au représentant spécial du secrétaire général des Nations-unies en Côte d’Ivoire pour certifier que tous les stades du processus électoral fourniront toutes les garanties nécessaires pour la tenue d’élections présidentielle et législatives ouvertes, libres, justes et transparentes, « conformément aux normes internationales ».
A notre sens, l’ONU a eu dans son histoire, plusieurs agissements troubles, notamment en 1960 au Congo, ex-Léopoldville, en déclarant, à rebours des faits, que la sécession katangaise était une affaire intérieure et qu’elle n’interviendrait pas dans un conflit intérieur.

En Côte d’Ivoire, le Conseil de sécurité a tenu malheureusement à faire superviser par l’ONU l’élection présidentielle dans un Etat divisé de fait en deux, avec des forces armées des deux côtés, sans que le désarment des « rebelles » n’ait été effectif ; dans ces conditions, le gouvernement sortant aurait dû ne pas les accepter en l’état, au risque d’aller au clash. En effet, sa position actuelle paraît moins bien tenable, car elle donne le sentiment qu’il renie sa signature quant à la tenue de ces élections sous la houlette des Nations unies dans les conditions initialement acceptées. Les difficultés actuelles étaient à notre sens déjà en germe dans l’entêtement du Conseil de sécurité des Nations unies.

Il est surprenant que les autorités de Côte d’Ivoire, certaines très férues d’histoire, aient introduit de telles dispositions directement dans leur droit interne, pour aujourd’hui disqualifier la « communauté internationale » et sans avoir défini ce qu’ étaient les « normes internationales » en matière d’élections ouvertes, libres, justes et transparentes, dont au demeurant l’application scrupuleuse n’a jamais été exigée ailleurs en Afrique, notamment au Togo, Tunisie, Gabon, Congo, Cameroun, Afrique du Sud au temps de l’apartheid, etc., ni dans d’autres parties du monde, en Chine, Russie, Iran, etc.

Mais il est vrai que le chef d’Etat sortant avait déjà été maintenu de fait à ce poste par une première résolution n° 1633 (2005) du Conseil de sécurité des Nations unies du 12 octobre 2005, à l’expiration de son mandat le 30 octobre 2005, pour une période n’excédant pas douze mois, du fait de l’impossibilité d’organiser les élections à la date prévue ; puis par une deuxième résolution n°1721 du 1er novembre 2006, présentée, comme par hasard par la France, et fixant une nouvelle période transitoire n’excédant pas douze mois. L’argument de néocolonialisme brandi par le camp Gbagbo perd donc quelque peu de sa pertinence.

L’ANNONCE CONTROVERSÉE DES RÉSULTATS

Un premier constat s’impose cependant : aucune disposition d’aucune sorte n’autorisait le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Côte d’Ivoire à certifier les résultats provisoires ou partiels annoncés par la Commission électorale indépendante, qui plus est au quartier général d’un des candidats. Cette faute du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Côte d’Ivoire, commise dans le contexte très tendu, pourtant connu, est incompréhensible, car elle valide, d’une part, le grief de partialité formulé par un des protagonistes et, d’autre part, abaisse l’autorité de l’ONU qui était pourtant l’élément stabilisateur.

Le risque est grand que, pour la transparence nécessaire des futures élections dans des pays où l’alternance réelle par les urnes est une mascarade, de fait dans la majorité des Etats africains, les observateurs de l’ONU soient stigmatisés.

Il convient maintenant de se reporter à l’article 25 de l’ordonnance du 14 avril 2008 portant ajustement du code électoral pour les élections générales de sortie de crise, et noter que tout candidat portant réclamation sur la régularité du scrutin ou le dépouillement devait saisir le président du Conseil constitutionnel dans les trois jours suivant la clôture du scrutin. Après le deuxième tour le 28 novembre 2010, le délai de réclamation expirait le 1er décembre 2010, mais tous les protagonistes n’ont pas porté réclamation avant cette date. Il a fallu l’annonce controversée des résultats, le 2 décembre 2010, par la Commission électorale indépendante, pour que le Conseil constitutionnel, saisi uniquement par le président sortant, constate des irrégularités et annule les élections dans sept départements du nord du pays et le proclame président élu.

Que prévoit sur ce point le droit électoral de Côte d’Ivoire ? L’article 27 de l’ordonnance du 14 avril 2008 expose que le Conseil constitutionnel a compétence pour proclamer les résultats définitifs, après examen des éventuelles réclamations. Cependant l’article 28 du même texte précise que dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités de nature à entacher la validité du scrutin et à affecter le résultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection.

Il est évident que l’annulation du vote dans sept départements du nord du pays (environ 30 % de la population) sur les 59 que compte la côte d’Ivoire, et qui sont réputés voter en majorité pour le candidat Alassane Ouattara, dans un contexte où Monsieur Konan Bédié, originaire du pays Baoulé (groupe Akan, environ 30 % de la population), a appelé à voter pour Monsieur Ouattara, est de nature à affecter le résultat de l’ensemble.

Autre constat : la résolution des ces difficultés a été très précisément organisée sur le plan local, ensuite le candidat Ouattara aurait dû régulièrement porter réclamation, et enfin, le Conseil constitutionnel aurait dû annuler l’élection, et non proclamer la victoire électorale d’un des candidats.

Est-on sûr que dans le contentieux électoral entre M.M Bush et Gore en novembre 2000, la Cour suprême des Etats-Unis, en faisant droit aux requêtes des avocats d’un des candidats sur « l’impossibilité » de recompter les voix, au risque de voir déclarer vainqueur de l’élection, le candidat recueillant le moins de voix, a vraiment dit le droit ? Or cette décision a été acceptée par la « communauté internationale ».

Ainsi en Côte d’Ivoire, pour « revenir » politiquement sur la proclamation du résultat de l’élection présidentielle par le Conseil constitutionnel, il est plus utile que tous les protagonistes du dossier acceptent de discuter et de résoudre par les lois internes, les irrégularités des opérations de vote alléguées ici et là, que d’appeler à recourir à des interventions armées, qui plus est par le biais d’Etats, notamment africains, dont la nature autocratique des régimes politiques est avérée.

Edgard Kiganga Siroko, avocat

mardi 4 janvier 2011

Côte d'Ivoire : coup d'état contre la démocratie

Le Waterloo électoral du 28 novembre au 03 décembre en Côte d'Ivoire

N° 2604
Paru le : dimanche 5 décembre 2010
A la une dans ce numéro : Côte d'Ivoire : coup d'état contre la démocratie
Et également : Cameroun élections en Côte d'Ivoire Maroc Wikileaks
Hebdomadaire - 48 numéros / an
Le regard du monde sur l'Afrique, la vision de l'Afrique sur le monde. Leader mondial de l'actualité panafricaine, Jeune Afrique participe à l'éveil des consciences et à l'avenir du continent africain.



Tout sur le Waterloo électoral du 28 novembre au 03 décembre en Côte d'Ivoire
Comment Laurent Gbagbo a-t-il bu le calice de son Waterloo électoral ? Pourquoi a-t-il décidé de s’enfermer dans son Fort Chabrol de Cocody et de tenir tête à l’Histoire ? Jusqu’où ira-t-il ? Le récit exclusif des cinq jours qui ont fait basculer la Côte d’Ivoire, vu de l’intérieur du bureau présidentiel et reconstitué à partir du témoignage des proches du chef de l’État sortant, éclaire d’un jour singulier une fin de règne lugubre et parfois surréaliste.

>>> Dimanche 28 novembre, 23 heures. Dans son QG de campagne du quartier d’Adoban, à Abidjan, Laurent Gbagbo a le sourire. Selon les informations en sa possession, la clé du scrutin – le report des voix de l’électorat d’Henri Konan Bédié – tourne dans le bon sens. Les chiffres, tout au moins ceux qui lui parviennent, le donnent en tête avec 52 % des voix, contre 48 % à Alassane Ouattara. « Vous voyez bien, lâche le président. Je savais que la greffe n’allait pas prendre. » Ce qu’il ignore, bien sûr, c’est qu’au même moment son rival a en mains des estimations radicalement inverses en provenance de la CEI (57 % en sa faveur). Et que, dans sa suite du Golf Hôtel, le Premier ministre, Guillaume Soro, est en train de basculer. Soro, qui a pourtant cru en Laurent Gbagbo avant le premier tour du 31 octobre et peut-être voté pour lui, puis senti la montée en puissance de Ouattara, est très remonté contre celui qui le qualifiait pourtant, il y a à peine deux mois, de « meilleur de [ses] Premiers ministres ». Motif : le brusque durcissement de la campagne électorale du président sortant entre les deux tours. Simone Gbagbo, qui a pris les rênes, a cru bon de fustiger à longueur de discours les « fauteurs de guerre » des Forces nouvelles, qui ont voulu « éliminer » son mari pour le compte de Ouattara. Or, les FN, c’est la base et la matrice de Guillaume Soro, lequel n’a en outre pas apprécié la proclamation unilatérale du couvre-feu. « Rien qu’en annonçant cela à la télévision, Gbagbo s’est tiré une balle dans le pied : il a perdu quatre points en cinq secondes ! » fulmine-t-il.

>>> Lundi 29 novembre, 20 heures. Devant ses proches, Gbagbo paraît un peu moins sûr de lui. Tout le monde, à l’extérieur, commente la victoire annoncée de son adversaire, mais nul n’ose lui en parler. « On devrait gagner, confie-t-il. Mais il y a des fraudes, plus graves que ce que j’avais prévu. » Un peu plus tard, il téléphone à son voisin et facilitateur de la crise, le président burkinabè, Blaise Compaoré, puis raconte sa conversation : « Je lui ai dit : “Blaise, on me signale des mouvements de tes troupes à nos frontières.” Il me répond : “Ah bon ? Quelles troupes ?” Je rétorque : “Tu n’es pas au courant ?” Il réfléchit un peu, puis me dit : “Oui, je vois ce que c’est, ce sont des petites manœuvres avant les célébrations de notre cinquantenaire le 11 décembre à Bobo-Dioulasso.” Je réponds : “Tu ne pourrais pas les faire ailleurs ? Ça m’arrangerait.” On a rigolé. » Vers 22 heures, un visiteur informel, go-between entre les deux camps, glisse à l’oreille du président que Guillaume Soro a décidé de le quitter et de rallier Alassane. « C’est impossible, il ne peut pas ! Ce serait trahir ! s’exclame Gbagbo. Dites-lui de venir me voir immédiatement. » Trente minutes plus tard, le Premier ministre arrive et s’engouffre dans le bureau présidentiel. Rien ne filtre, mais tout laisse à penser qu’aucun des deux hommes n’a véritablement crevé l’abcès.

>>> Mardi 30 novembre, 19 heures. Nady Bamba, la seconde épouse du chef, n’en démord pas. Elle a rencontré secrètement un collaborateur très proche de Soro et en a retiré l’impression que « Guillaume ne va pas [les] lâcher. » En pleurs, elle ajoute : « Ils vont arranger les choses, Allah est avec nous ! » Arranger ? Entre nuit et brouillard, l’heure est aux intermédiaires de l’ombre. Un riche homme d’affaires de la région installé à l’hôtel Pullman, qui a ses entrées à la primature comme à la présidence, fait ainsi d’étranges propositions de compromis entre les deux hommes. « Tout est négociable », répète-t-il, et le plus étonnant est qu’il est apparemment mandaté pour le faire. Informé, Gbagbo refuse : « C’est un piège ! » Gbagbo qui, désormais, hésite et semble douter. « Nous sommes à 50-50, confie-t-il, mais je m’accrocherai. » Sans doute pense-t-il désormais à mettre en œuvre son plan de sauvetage : tout faire pour empêcher la CEI de proclamer les résultats « biaisés » et passer la main au Conseil constitutionnel. Au Golf Hôtel, Soro, lui, ne doute plus. Avec ses proches, il choisit le nom de son futur parti : ce sera le FND, Forces nouvelles démocratiques.

>>> Mercredi 1er décembre, 19 heures. Dans la cour de la présidence, à Cocody, l’entourage de Laurent Gbagbo arbore des mines renfrognées, limite agressives. Ici, l’étranger au carré des fidèles n’est pas le bienvenu. « L’Angola a connu vingt-sept ans de guerre civile, nous n’en sommes qu’à la huitième, nous tiendrons encore dix-neuf ans », lâche un officier. Il est 20 heures quand un visiteur livre enfin au chef ce que nul depuis deux jours n’a eu la volonté de lui dire : les chiffres que la CEI s’apprête à rendre publics le donnent battu : « Tu as 46 %. » Gbagbo accuse le coup, puis se reprend : « Cela ne m’étonne pas. La CEI a toujours été contre moi. Choi et l’Onuci vont passer l’éponge sur les fraudes parce que la fraude est du bon côté, celui de Ouattara. Mais la CEI n’est qu’un outil technique. L’outil juridique, c’est le Conseil constitutionnel. La loi prime, et la loi ce sont les Blancs qui l’ont faite. Je ne céderai pas. » Puis il décroche son téléphone : « Appelez-moi le Premier ministre. » Gbagbo à Soro : « Viens, je t’attends. » Soro : « Mais je suis avec Choi. » Gbagbo : « Laisse-le et viens me voir. » Soro est en route. Prévenue, la garde à l’extérieur fait savoir qu’elle ne le laissera pas approcher : « Pas question qu’il voit le chef ! » Laurent Gbagbo doit réitérer ses ordres. L’entretien qui suit entre les deux hommes est tendu. Ils parlent des fraudes et le président fait savoir qu’il est hors de question à ses yeux que la CEI proclame les résultats avant minuit : « Je ne les reconnaîtrai pas. » Derrière la porte entrebâillée, des proches de Gbagbo ne perdent pas une miette de la conversation et, comme s’ils doutaient de la détermination de leur chef, font non de la tête dès que Soro prend la parole. Plus tard dans la nuit, de retour à l’hôtel, Guillaume Soro expliquera que Laurent Gbagbo lui est apparu « fatigué, désorienté », et que, dans ces conditions, il n’a pas eu le courage de lui confirmer qu’il avait bel et bien perdu la partie. Les ponts sont coupés. Ils ne se reverront plus.

>>> Jeudi 2 décembre, 14 heures. Le délai imparti à la CEI pour annoncer les résultats étant théoriquement expiré depuis la veille, une course de vitesse s’est engagée entre les deux camps. Alassane Ouattara téléphone au chef de l’Onuci, Choi Young-jin, pour lui demander d’abriter dans ses locaux la conférence de presse de Youssouf Bakayoko, le président de la CEI, qui doit proclamer les résultats provisoires. Refus de Choi : « Non, pas chez moi, ce ne serait pas opportun. » Ce sera donc au Golf Hôtel – pas le meilleur endroit, symboliquement et politiquement, mais tout de même en « territoire ivoirien ». En début de soirée, on apprend que le Conseil constitutionnel va proclamer ses propres résultats le lendemain. Ouattara à un émissaire : « Dis à Gbagbo que s’il revient à la raison il ne lui arrivera rien ; je le protégerai jusqu’au bout. » Autre pensionnaire prestigieux du Golf, Henri Konan Bédié est, lui, beaucoup plus tranchant : « Gbagbo est devenu fou ; il ne tiendra pas. Dans quelques jours, l’armée et l’Onuci l’auront balayé. » L’armée… Tard dans la soirée, Laurent Gbagbo confie à un visiteur : « Je sais que Soro et ses rebelles préparent une offensive pour prendre Yamoussoukro et descendre sur San Pedro. Ils comptent sur des divisions au sein des Forces de défense et de sécurité. Mais je n’ai aucune crainte. L’armée et moi, nous avons scellé un pacte. Pour le reste, qu’ils prennent le Nord, on peut vivre sans ! »

>>> Vendredi 3 décembre, au cœur de la nuit. Au palais de Cocody, l’atmosphère est à la mobilisation et au recueillement. Des exhortations s’échappent de petits groupes de prière réunis çà et là : « Dieu protège la Côte d’Ivoire ! » La Bible et le fusil. Laurent Gbagbo, dont l’entretien téléphonique avec Nicolas Sarkozy s’est très mal passé, reçoit l’ambassadeur de France Jean-Marc Simon. « Sarkozy, c’est Chirac II ! », tonne-t-il, « Vous devez savoir que dans le droit ivoirien, c’est le Conseil constitutionnel qui prime ! Le droit, c’est vous qui l’avez inventé n’est-ce pas ? » Même s’il se dira plus tard « impressionné » par l’extrême résolution de son interlocuteur, Simon se montre ferme. « Pas de violences, pas de sang versé, aucun Français ne doit être touché », répète-t-il. Depuis le milieu de l’après-midi, le président ivoirien a brûlé ses vaisseaux. Le Conseil constitutionnel l’a déclaré élu sans même tenir compte de l’article 64 du code électoral ivoirien, révisé en 2008 et qui prévoit qu’au cas où le Conseil « constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble », il doit prononcer « l’annulation de l’élection présidentielle » (et non pas l’identité du vainqueur), un nouveau scrutin devant être organisé « au plus tard quarante-cinq jours » à compter de la date de cette décision.

Non au Prix nobel de la soumission

Cette nuit-là, « Seplou » est seul dans son bureau. Un maître d’hôtel lui a apporté un verre d’eau et un sandwich jambon-beurre. Sa large chemise Pathé’O flotte un peu. Il est fatigué, amaigri, mais ses yeux s’animent d’une étrange lumière quand il se lance, devant un proche qu’on vient d’introduire, dans un long monologue. « Eh bien quoi ? Pourquoi céder ? Pourquoi partir ? Pour qu’on me décerne le prix Nobel de la soumission ? Pour qu’on me cite en exemple devant les écoliers de France et que l’on dise : voilà la preuve que la démocratie à la française ça marche jusqu’au fin fond de l’Afrique ? Eh bien non. Cette élection démontre que la démocratie ici, ça ne marche pas encore. Où est le vote moderne, quand l’imam donne des consignes à la mosquée et que tous ses fidèles le suivent comme un seul homme ? Où est la démocratie, quand tout le monde triche ? La Côte d’Ivoire est en phase d’apprentissage démocratique et c’est à moi, Laurent Gbagbo, de la guider jusqu’à ce que la leçon soit apprise. Alors, bien sûr, on va me condamner. Les Américains, les Français vont me condamner. Je ne suis pas Israël, je ne suis pas Moubarak, je ne suis pas Karzaï. Je ne suis qu’un Africain. Mais je résisterai. J’ai le cuir épais. Bédié s’est couché. Moi, je ne laisserai jamais Alassane Ouattara diriger la Côte d’Ivoire. S’il veut mon fauteuil, il faudra d’abord qu’il me passe sur le corps ! » Dehors, les crapauds-buffles qui hantent les rives glauques de la lagune Ébrié coassent à l’unisson. La messe est dite.
Source: Jeune Afrique.

lundi 3 janvier 2011

Côte Ivoire: retour sur le hold up électoral du camp Gbabo


Comment le plan «B » de Laurent Gbagbo a –t-il été mis en branle avec le soutien du conseil constitutionnel et de l’armée ? Voici un rappel des faits utile à l’heure où des cris d’Orfraie de certains écrivains et intellectuels africains tentent de déplacer le débat du respect du vote des ivoiriens sur le terrain de l’ingérence.

Premier acte. A la veille du scrutin du deuxième tour, Laurent Gbagbo, instaure un couvre feu à la surprise générale. Aux yeux de ses adversaires, c’est un moyen pour le président sortant d’occuper militairement l’espace territorial au cas où les résultats ne lui seraient pas favorables. Tout au long de la campagne, le camp Gbagbo a joué sur les divisions, diffusant des films de guerre présentant Ouattara comme l’auteur de la déstabilisation du pays. Pendant ce temps, le candidat Ouattara qui bénéficiait du soutien de Henry Konan Bedié, de Mabri Toikeuse et, entre autres, de Gnamien Konan, a, comme durant le premier tour, axé son discours sur les voies et moyens de positionner la Côte d’Ivoire comme pays émergent.

Même avis des observateurs africains, européens et de la fondation Carter

Arrive le soir du 28 novembre. Le dernier bureau de vote vient de fermer. Aucun des deux candidats n’avait une visibilité sur l’issue du scrutin. Mais déjà, le camp présidentiel commençait à dénoncer le caractère anti-démocratique du vote dans les zones sous contrôle des forces nouvelles, notamment dans les 4 régions du Nord. C’est le deuxième acte. Le directeur de campagne du candidat Gbagbo, Dr Issa Malick Coulibaly, accompagné du porte-parole Affi Ngessan, avaient rencontré le soir même du scrutin le représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU, certificateur du scrutin, pour lui exprimer leur désir d’annuler le scrutin dans 4 départements du Nord. Ce dernier a pris bonne note et a déclaré le lendemain, lors de sa conférence de presse hebdomadaire, le caractère démocratique du déroulement du scrutin au vu des rapports présentés par les équipes de l’ONUCI qui avaient supervisé le scrutin et coordonné le transport du matériel électoral. L’ONUCI citera au cours de la même conférence les rapports des missions d’observation de l’Union Africaine, de la CEDEAO, de l’Union Européenne, de la Fondation Carter, de l’UEMOA qui n’ont relevé aucun incident majeur susceptible d’affecter la sincérité du scrutin. Ces conclusions étaient aussi appuyées par les rapports des préfets des régions du Nord qui indiquaient dans l’ensemble que les incidents dont on faisait allusion se seraient déroulés loin des bureaux de vote. A la fin du deuxième acte, le camp Gbagbo n’avait donc aucun argument fondé pour contester les résultats du Nord.

Quand Gbagbo convoque Soro

Le lundi 29 novembre, c’est la panique dans le camp Gbagbo qui apprend effaré que le camp Ouattara était crédité déjà de 60% des résultats dépouillés. Contre toute attente, les consignes de vote donnés par les alliés du PDCI, de l’UDPCI et du MFA ont bel et bien été respectés à 74%. A cet instant, le camp Gbagbo ne misait plus que sur l’annulation du scrutin dans les 4 départements du Nord. Personne dans l’entourage immédiat du président sortant n’osait lui dire que même avec une telle annulation, Ouattara serait en tête. Le mardi 30, Laurent Gbagbo s’était lui-même rendu compte de l’avance incompressible de son adversaire. Désormais, il fallait manœuvrer. C’est le troisième acte.

Alors, il convoque Guillaume Soro dans la soirée pour lui exprimer son intention d’obtenir l’annulation du scrutin dans les 4 départements en question. Ce dernier, guère impressionné, lui exprime son désaccord, le dissuadant sans succès d’attendre la proclamation des résultats provisoires par la commission électorale et de saisir ensuite le conseil constitutionnel avec un recours en annulation comme l’indique la loi. Laurent Gbagbo réagi vigoureusement et demande à Soro d’être de son côté. Celui-ci réplique : «j’ai pris un engagement devant le peuple ivoirien de respecter les résultats issus des urnes ». Le camp Gbago perçoit cette attitude comme un revirement. Pour le clan resserré autour du chef, l’ancien premier ministre avait basculé dans le camp de Ouattara. Il fallait mettre immédiatement le plan B en action. C’est le quatrième acte.

Le plan B : empêcher la CEI de prononcer les résultats

Ce plan B est simple : empêcher la commission électorale de proclamer les résultats par tous les moyens jusqu’à l’expiration du délai légal. L’on se rappelle l’image de Damana Picasse, représentant de Gbagbo à la CEI, arrachant les procès verbaux à Bamba Yacouba, porte-parole de la CEI devant les caméras du monde entier. Quelques heures auparavant, la télévision nationale (RTI) qui réalisait un direct depuis le siège de la CEI venait de recevoir l’ordre de démonter son dispositif ; certains journalistes des médias internationaux étaient invités de quitter manu militari le siège de la CEI. D’autres recevaient des appels téléphoniques les invitant à se rendre à la RTI où le président Laurent Gbagbo devrait faire une déclaration. L’on n’était pas loin d’un coup de force électoral.

Cette confusion a perduré jusqu’au mercredi, date butoir de la proclamation des résultats par la CEI. A cet instant, l’ensemble des missions diplomatiques se rendirent à la CEI pour soutenir la commission et l’inviter à proclamer les résultats. Alassane Ouattara monte au créneau et appelle le président de la CEI à procéder immédiatement à la proclamation des résultats. Les ivoiriens patientent devant leur poste téléviseur pour attendre en vain la proclamation des résultats du second tour. L’apparition du président de la CEI aux environs de 23 heures demandant aux ivoiriens de lui donner encore un peu de temps et de rester patient viendra ajouter une dose supplémentaire d’adrénaline sur les rives de la perle des lagunes.

Et Yao Ndre entre en scène

Entre alors en scène Yao Ndré. C’est le cinquième acte. Le président du conseil constitutionnel ivoirien sort de sa réserve, convoque la presse et déclare la commission électorale hors jeu depuis la fin des 72 heures légales, délai qui lui était imparti pour prononcer les résultats provisoires. La confusion était totale. Le président de la CEI, Youssouf Bakayoko, qui venait d’échapper à une séquestration des éléments de la garde républicaine qui avait renforcé son dispositif de sécurité dans l’enceinte de la CEI est allé s’entretenir avec le premier ministre Guillaume Soro sous haute escorte des casques bleus à l’hôtel du Golf. C’est dans cet établissement hôtelier que le camp Ouattara a trouvé refuge pour échapper aux attaques des partisans de Gbagbo qui pendant le second tour avaient à deux reprises attaqué la maison du PDCI, lieu de rassemblement du RHDP.

Le président de la CEI, à la suite de la déclaration de Yao Ndre, procédera à son tour à la proclamation des résultats qui donnaient Ouattara vainqueur avec 54% contre 46% pour Laurent Gbagbo. La RTI ne diffuse pas l’information relayée par les chaines étrangères. Des scènes de liesse étaient visibles chez les partisans du RHDP. Le président du conseil constitutionnel, Yao Ndre, reviendra à la charge pour déclarer nul les résultats proclamés par la CEI.

24 heures pour éplucher 20 000 procès verbaux

Le lendemain alors qu’il dispose de 7 jours pour traiter les résultats, Yao Ndre avait, en moins de 24 heurs, épluché les 20 000 procès verbaux. Le président du conseil constitutionnel va au-delà de la contestation du camp Gbagbo qui réclamait l’annulation du vote dans 4 départements. Ayant constaté que même avec l’annulation de ce vote, Ouattara restait vainqueur, Yao Ndré procédera abusivement à l’annulation du scrutin dans 7 départements. Il procédera laconiquement à l’investiture de Laurent Gbagbo, en violant la volonté du dépositaire ivoirien qui s’est librement prononcé en faveur de Ouattara. Pourquoi le conseil constitutionnel qui a procédé à de telles annulations n’a pas invalidé le vote ? Pourquoi n’a-t-il pas attendu la certification des procès verbaux par l’ONUCI ? Pour valider la thèse de l’irrégularité du vote au Nord, un soi –disant groupe d’observateurs internationaux (en réalité de parfaits novices recrutés dans les milieux des étrangers résidents en Côte d’Ivoire depuis des années) présentent un rapport de la situation dicté par leurs sponsors. Ces manœuvres sont dénoncées par l’un des leaders de la galaxie patriotique, Touré Al Mustapha, membre de la direction de campagne du candidat Gbagbo dans le Nord qui a fait défection il y a quelques jours.

Malgré un isolement progressif au sein de l’ONU, de l’Union Africaine, de la CEDEAO et de l’UEMOA, Laurent Gbagbo continue de défier le monde, jouant sur le temps, et se posant en champion de la souveraineté africaine. L’on aurait tant voulu que cette souveraineté ne soit pas exprimée contre le vote et la volonté du peuple ivoirien. S’il a inspiré et prévu les 5 actes de la crise électorale ivoirienne, il n’est pas sûr que Gbagbo sera l’auteur du 6e acte.

Par Rodrigue Fénelon MASSALA, Abidjan

Source: Les Afriques

jeudi 30 décembre 2010

Candidature d’Adama Dahico: Levain des futures crises

LA CHRONIQUE de Bakus -

En Côte-D’ivoire on ne s’ennui jamais.

Adama Dahico, comédien émérite vient de faire une entrée fracassante dans l’histoire de notre pays. Sa candidature validée par la cour constitutionnelle présidée par le professeur Paul Yao Ndré, ouvre une vraie boîte a pandore, grosse de toutes les graines des futures crises.

De prime abord cette candidature se perçoit comme la résultante d’une démangeaison politique chronique, un geste instinctif et mécanique, une décision prise sur un coup de tête pour certainement banaliser, diluer la pertinence d’une autre candidature. A laquelle, nous y reviendrons!

Naturalisé, il y a si peu de temps par le président Gbagbo pour “services rendus” de la nation, Adama Dahico est devenu, un personnage clé, mieux, une des pièces politiques des plus malléables de notre microcosme politique.

Humoriste émérite, reconnu pour son talent á l’intérieur comme á l’extérieure des frontières ivoiriennes, ce n’est pas la personne de Adama Dahico qui pose problème. Ce n’est pas non plus sa capacité à diriger ou son cursus scolaire et politique qui intriguent. L’histoire des peuples montre bien que ce n’est ni les diplômes universitaires, ni les Ecoles Normales d’Administration, ni la pratique excessive du pouvoir qui produisent les bons présidents. L’art de l’exercice intelligent du pouvoir requiert une bonne dose de bonté ainsi qu’un sens élevé de l’honneur. Rien ne prouve qu’Adama Dahico n’ait pas ces vertus encrées en lui.

La controverse vient de son mode de désignation. Adama dahico est candidat à «titre exceptionnel pour service rendu à la nation». Il a fallu un simple décret pour que Dahico soit candidat. Voici énoncé, cher lecteur, en termes très clairs, le thème de nos prochaines querelles.

Un autre Ivoirien, Alassane Dramane Ouatera, économiste émérite qui a été tour à tour Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’ Afrique de l’ouest, Premier ministre de Côte-d’Ivoire sous Félix Houphouët Boigny, Directeur Général Adjoint du Fonds Monétaire International, commandeur dans l’ordre du mérite ivoirien [parmi bien d’autres distinctions honorifiques], peine curieusement toujours á faire l’unanimité sur le principe même d’ une simple candidature.

Dahico et Ouattara représentent deux cas d’école qui ne finissent pas d’alourdir nos têtes d’interrogations. L’une de ces questions essentielles consiste à savoir pourquoi tous les acteurs politiques de 1993 à nos jours ont été si myopes sur la question de la candidature de Ouattara aux différentes élections ? Pourquoi Marcoussis, Kleber, Pretoria, Accra et maintenant Ouagadougou pour lever un simple doute sur la nationalité d’un acteur pourtant majeur de notre sphère politique, alors que pour permettre à Ouattara de concourir, on aurait pu prendre un décret à la Dahico, surtout que la « non-ivoirité» de Ouattara, claironnée a grand-frais n’a jamais été vraiment prouvée par qui que ce soit depuis 20 ans. En Afrique, les accusations ont souvent valeur de verdict. Tous les dossiers dits en béton sont pris de moisissures dans les armoires de leurs propriétaires mais les accusations restent toujours vivaces.

Une chose est sûre. L’affaire Dahico est une forêt qui cache les pépinières des prochaines crises. Ellie hallassou connu aussi sous le nom de « Le libanais de Gbagbo », a déjà annoncé sa candidature très prochaine à des élections. Après toutes les réunions politiques animées à la gloire de Gbagbo, ne soyons pas surpris qu’un décret soit pris pour le « nommer » candidat aux élections à venir. On voit aussi venir un autre potentiel candidat : « Sam l’africain ». Homme d’affaires libanais d’influence, « Sam » pourrait véritablement déranger le jeu politique avec ses sous.

Demain c’est déjà aujourd’hui. Les ivoiritaires qui sèment la graine de la confusion aujourd’hui doivent assumer demain, les conséquences tragiques ou heureuses de leur politique d’un poids deux mesures.

Bakus vous salut !

Le Journal de Connectionivoirienne.net

lundi 27 décembre 2010

Retrouvons-nous

Venance Konan – L’Inter

Par-delà nos différences idéologiques, plus souvent factices que réelles, par-delà nos cheminements individuels, par-delà nos engagements passés et présents, nous devons nous retrouver autour de la question essentielle de la survie de notre pays. Car il ne faut pas nous voiler la face : notre pays est en danger. Lorsque le président Bédié était au pouvoir, c’est-à-dire il y a une dizaine d’années, une étude prospective avait été menée pour voir ce que serait notre pays en 2025. 2025, c’est dans quinze ans. Et cette étude avait montré que deux dangers mortels menaçaient la Côte d’Ivoire. Il s’agissait de la question de la nationalité, et de celle de la mauvaise gouvernance. Ce scénario catastrophe avait été baptisé « la chauve-souris étranglée. » Et nous sommes en plein dans ce scénario. Depuis dix ans, nous n’avons pas été capables de trancher cette question simple : qui a droit à la nationalité ivoirienne et qui n’y a pas droit ? Et aujourd’hui, cette question se pose avec plus d’acuité, au moment de la confection des listes électorales et des cartes d’identité. Et les mots employés font peur. On parle de désinfecter. On désinfecte une maison de ses cafards, de ses cancrelats, de ses mouches, de ses souris. Cafards, cancrelats. Ces mots ne vous rappellent rien ? Le Rwanda. En 1999, nous avons chassé quelque 10 000 « Burkinabé » de la région de Tabou, au motif que deux d’entre eux auraient tué un « fils authentique de la région ». Et la loi traditionnelle voudrait qu’en cas de meurtre, le coupable soit banni pendant sept ans. On a considéré que tous ceux qui de près ou de loin ressemblaient à ces meurtriers présumés étaient coupables. On a chassé dix mille personnes de la région de Tabou. Dans la foulée, on a chassé les pêcheurs Bozos qui se trouvaient sur nos lacs, ainsi que les pêcheurs ghanéens et togolais qui se trouvaient sur nos mers. En 2005, à Alépé, ce sont les populations venues du Zanzan, une région de Côte d’Ivoire, qui étaient traitées d’étrangères, et chassées des plantations qu’elles occupaient. A l’ouest, c’est régulièrement que les populations venues du centre ou du nord sont harcelées dans leurs plantations, quand celles-ci ne leur sont pas tout simplement arrachées. En octobre dernier, lors d’un meeting à Koumassi, Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale posait ces questions : « Est-ce que pour construire ce pays, il n’est pas bon qu’on s’asseye et qu’on dise que si Mamadou est à Béoumi, sa maison, sa femme et ses enfants sont à Béoumi, peut-être même qu’il a épousé une femme de là-bas, on ne peut pas le chasser, on ne peut pas le tuer, est-ce que ce n’est pas mieux qu’on dise que comme son nom est sur la liste et qu’il veut voter, il n’a qu’à prendre, et nous, on continue tranquillement notre histoire ? » Et moi, je lui répondis quelques jours plus tard, dans ces mêmes colonnes : « Il est aujourd’hui temps de se poser, avec Koulibaly, ces simples questions : est-il encore étranger, celui-là qui est né ici, qui a toujours vécu ici et qui continue de vivre ici ? Est-il encore étranger, celui-là dont le grand-père est enterré dans ce pays et qui ne se connaît d’autre pays que celui-ci ? Nous nous enorgueillissons d’avoir dans notre population plus de 25% d’étrangers, signe de notre hospitalité, pensons-nous. Nous n’avons pas compris que lorsque l’on a une telle proportion d’étrangers, cela veut simplement dire que l’on n’a pas su intégrer. Et qu’il est illusoire de vouloir écarter un quart de sa population du jeu politique. Nous avons voulu le faire. Une partie de ce quart a réclamé sa place dans le jeu politique. Par les armes. Et elle l’a eue. Continuer dans la même voie, c’est faire preuve d’une criminelle cécité. Mamadou Koulibaly a posé la bonne question : qu’est-ce que je perds en donnant la nationalité ivoirienne à celui-là qui a toujours vécu à mes côtés, qui a aussi contribué à bâtir ce pays dont je suis si fier ? Rien. Nous n’avons aucune possibilité de le faire partir chez lui. Parce que chez lui, c’est ici. Qu’est-ce que je gagne en l’intégrant pleinement à notre société ? Je gagne un nouveau compatriote. Cela ne changera rien au nombre d’habitants de ce pays. Puisqu’il était déjà là. Mais il y aura un nouvel homme qui ne vivra plus avec cette stigmatisation d’être étranger. » Par delà nos différences idéologiques qui en réalité n’en sont pas, par delà nos cheminements individuels, et loin de toute invective ou accusation stérile, retrouvons-nous autour du seul combat qui en vaille la peine : celui de la survie de notre pays. Unissons tous nos efforts pour sauver ce pays nôtre. Nous ne pouvons pas nous laisser distraire par cette xénophobie d’arrière-garde, au moment où nous vivons dans l’obscurité, où nous ne faisons plus qu’un seul repas par jour, où nos petits frères et nos enfants ne savent pas quoi faire de leurs diplômes. Ne nous épuisons pas dans des combats inutiles. Retrouvons-nous, nous qui nous reconnaissons encore dans notre hymne national qui parle de fraternité, de pays de l’hospitalité.

Venance Konan email : venancekonan@yahoo.fr

dimanche 26 décembre 2010

Le signal de la RTI n`apparaît plus sur le satellite Intelsat

Le signal de la télévision publique RTI n`apparaît plus sur le satellite Intelsat


Reporters sans frontières a constaté que depuis le 24 décembre 2010, dans l`après-midi, La Première, principale chaîne de télévision du groupe public Radio-Télévision Ivoirienne (RTI), n`était plus disponible en France, ni en Afrique où elle est rediffusée par le bouquet Canal + Horizon.

Il semblerait que ceci soit consécutif au brouillage ou à la coupure de la fréquence satellitaire. La RTI est habituellement présente sur le satellite Intelsat 903, opéré par la société américaine Intelsat, ce qui lui permet d`être rediffusée dans les provinces de Côte d`Ivoire, ailleurs en Afrique ainsi qu`en Europe. L`émetteur hertzien d`Abidjan continue de fonctionner normalement.

Interrogé par Reporters sans frontières, Félicien Koffi, directeur de La Première, a déclaré : "Nous sommes en règle avec Intelsat. Le problème ne peut pas venir de là. Nous ne savons pas qui est à l`origine de cette mesure, mais s`il s`agit d`une tentative de nous isoler, nous ne pouvons que la déplorer".

Même si Reporters sans frontières s`inquiète du comportement de la RTI, qui depuis quelques semaines se révèle être plutôt un instrument de propagande aux mains d`un camp qu`un média de service public, l`organisation considère que le brouillage ou tout acte visant à empêcher la diffusion d`un média ne constituent jamais une réponse adaptée et condamne les entraves à la liberté de la presse.

Dernières sorties de l`ancien chef de l`Eglise catholique

venancekonan.com - A son Eminence le Cardinal Bernard Agré

Venance Konan écrit au Cardinal Agré

Le 23 décembre dernier, j’ai écouté le cardinal Bernard Agré à la télévision ivoirienne caporalisée par M. Laurent Gbagbo. Son Eminence a d’abord demandé que l’on ait une pensée pour les personnes qui avaient perdu la vie au cours des évènements des jours précédents, ainsi que pour leurs enfants et proches qui célèbreront Noël sans leur présence. Sur la crise elle-même, Bernard Agré, qui s’est présenté comme un simple pasteur, a rappelé que dans tous les pays du monde il y a une constitution qui s’impose à tous, et que notre constitution dispose qu’en matière d’élection, c’est le Conseil constitutionnel qui a le dernier mot. Ce qui signifie que lorsque le Conseil constitutionnel s’est prononcé, tout le monde doit s’incliner. Et pour illustrer son propos, il a pris l’exemple de la France où c’est le Conseil constitutionnel qui avait déclaré M. Sarkozy vainqueur de Madame Royal. Il a aussi pris l’exemple des Etats-Unis où c’est la Cour suprême qui avait départagé Georges W. Bush et Al Gore. Enfin, le cardinal s’est insurgé contre les ingérences de la communauté internationale qui ne sait que semer le chaos, comme elle l’a fait en Irak, avant de citer l’exemple du petit Vietnam qui avait réussi à défaire d’aussi grandes puissances que la France et les Etats Unis.
Votre Eminence, dois-je vous rappeler que l’une des valeurs cardinales de la doctrine chrétienne est la Vérité ? Cette doctrine dit que Dieu a envoyé son fils Jésus sur terre pour dire la Vérité au Hommes. Et ce n’est pas par hasard que Jésus ponctuait tous ses sermons de ces mots : « en vérité je vous le dis ». Il est écrit dans le livre sacré des chrétiens, à Jean 14, « Et la Parole a été faite chair et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. » Votre Eminence, les deux vérités que vous auriez dû dire à vos ouailles, et, au-delà d’eux, à tous les Ivoiriens, sont celles-ci.
La première est qu’en 2005, à Pretoria, devant la méfiance qui régnait entre tous les acteurs politiques Ivoiriens, nos leaders politiques, avec à leur tête le chef d’Etat d’alors, M. Laurent Gbagbo, ont décidé que les résultats de ces élections-ci soient certifiés in fine par les Nations Unies. Et celles-ci ont traduit cela en 2007 par la résolution 1765. Cela veut dire que le dernier mot ne revenait plus au Conseil constitutionnel, mais au certificateur de l’ONU. Vous conviendrez avec moi, Votre Eminence, que si le dernier mot devait revenir à l’une de nos institutions, il n’aurait pas été nécessaire d’aller chercher un certificateur ailleurs. Et je remarque que vous-même n’aviez pas bronché lorsque le représentant de l’ONU avait certifié, après le Conseil constitutionnel, les résultats du premier tour qui plaçaient M. Gbagbo en tête du scrutin et éliminait entre autres M. Bédié. Comment donc pouvez-vous parler d’ingérence, dès lors que ce sont les Ivoiriens eux-mêmes qui ont demandé, sans aucune contrainte, à l’ONU de venir certifier leurs élections ? Vous n’avez pas vu d’ingérence dans nos affaires intérieures lorsque cette même communauté internationale finançait notre processus électoral, des audiences foraines à la fourniture d’isoloirs et d’encres indélébiles en passant par les inscriptions sur les listes électorales ?
La seconde vérité que vous auriez dû dire à vos ouailles, aux Ivoiriens, et au monde entier, est que notre droit dit précisément ceci à propos du rôle du Conseil constitutionnel: « dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection et notifie sa décision à la Commission électorale indépendante qui en informe le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et le Représentant spécial du Facilitateur à toutes fins utiles. La date du nouveau scrutin est fixée par décret pris en Conseil des ministres sur proposition de la CEI. Le scrutin a lieu au plus tard 45 jours à compter de la date de la décision du Conseil constitutionnel. » Votre Eminence, nulle part notre droit n’autorise le Conseil constitutionnel à annuler les résultats d’une région et à inverser les résultats d’ensemble du scrutin. Si tant est que le Conseil constitutionnel avait le dernier mot comme vous le prétendez, il l’avait pour dire le droit, pas pour l’inventer. Le législateur ivoirien n’a pas donné au Conseil constitutionnel le pouvoir d’annuler les voix des électeurs de quelque région que ce soit, et pour quelque motif que ce soit. Le droit de vote est sacré dans toutes les démocraties. Personne, pas même une institution, ne peut se substituer à la volonté du peuple qui s’exprime à travers son vote. C’est pour cela que, s’il y a des fraudes, mais qui ne sont pas de nature à affecter le résultat d’ensemble du scrutin, ce que la Cour constitutionnelle a à faire est de confirmer les résultats donnés par la CEI. Si par contre ces fraudes sont de nature à fausser la volonté du peuple, on annule alors le scrutin et on redonne la parole au peuple. C’est tout simple, et tombe sous le coup du bons sens, me semble-t-il. Aussi je vous répète ce que vous savez d’ailleurs déjà, aucune disposition de notre droit ne donne l’autorisation au Conseil constitutionnel d’annuler les résultats d’aucune région. En le faisant, il a agi de manière totalement arbitraire, illégale et dangereuse. Vous n’ignorez pas que cette crise dont nous espérions sortir avec cette élection est née du sentiment d’exclusion des populations du nord créé par l’ivoirité. En annulant arbitrairement les scrutins de toutes les régions du nord, le Conseil constitutionnel nie leur citoyenneté ivoirienne aux populations de cette partie de notre pays. En percevez-vous les conséquences ? Ne voyez-vous pas qu’en avalisant une telle forfaiture, vous êtes en train de cautionner la destruction à court terme de notre pays ? Personne n’ignore les accointances entre les membres du Conseil constitutionnel et Laurent Gbagbo. C’est ce dernier qui nous a expliqué que le président de cette institution est l’un de ses amis et qu’il l’appelle affectueusement Pablo. Pablo et ses camarades se sont donc cru en devoir de sauver le soldat Laurent qui venait de perdre l’élection. Au mépris de la survie de leur pays. Dommage qu’ils n’aient pas fait leur cette phrase prononcée par Robert Badinter le 4 mars 1986, le jour où il prêtait serment en qualité de président du Conseil constitutionnel : « M. François Mitterrand, mon ami, merci de me nommer à la tête du Conseil constitutionnel. Mais sachez que dès cet instant, envers vous, j’ai un devoir d’ingratitude. » Aveuglés par leur devoir de gratitude envers leur bienfaiteur Laurent Gbagbo, Paul Yao-Ndré « Pablo » et ses amis du Conseil constitutionnel ont été les seuls à voir depuis Abidjan des fraudes massives dans tous les départements qui ont voté pour Monsieur Ouattara, là où les préfets, sous-préfets, observateurs internationaux, diplomates et journalistes présents sur le terrain n’ont vu que des incidents mineurs. Et aujourd’hui, Laurent Gbagbo et ses inconditionnels, dont je vous soupçonne d’en être, sont les seuls à voir en lui le président élu des Ivoiriens, tandis que le reste du monde voit plutôt M. Ouattara. Vous connaissez bien entendu cette phrase de Laurent Gbagbo prononcée en 1999 à propos de Slobodan Milosevic : « quand dans un village tout le monde voit un pagne en blanc et que vous êtes le seul à le voir en noir, c’est que vous avez un problème. »
Votre Eminence, dois-je vous rappeler que c’est sous vos auspices que Laurent Gbagbo et feu Robert Guéï avaient passé en 2000 un pacte selon lequel Gbagbo acceptait que Guéï devienne président de la république tandis que lui-même se contenterait du rôle de Premier ministre ? Guéï a raconté cette histoire peu de temps avant d’être assassiné. A cette occasion, il vous avait attribué des qualificatifs peu élogieux que je me garderai bien de reproduire ici. Vous n’avez pas démenti. L’accession de Laurent Gbagbo au pouvoir en 2000 s’est soldée par la mort de centaines de personnes. Jusqu’à ce jour je ne vous ai pas entendu condamner ces massacres. C’est dans les sous-sols de votre cathédrale que Robert Guéï s’était réfugié le 19 septembre 2002, et c’est là-bas que les soldats de Laurent Gbagbo sont allés le chercher pour l’abattre comme un chien sur la Corniche de Cocody, sans que l’on sache encore à ce jour qui les avait informés de sa présence dans vos locaux. Je ne vous ai pas encore entendu condamner cet assassinat. En mars 2004, Laurent Gbagbo a fait tirer sur les personnes qui avaient voulu manifester pour demander l’application de l’accord de Linas-Marcoussis. L’ONU a compté 120 morts. Je ne vous ai toujours pas entendu condamner ce massacre. En 2008 Laurent Gbagbo a fait tirer sur les femmes qui manifestaient contre la vie chère. Toujours aucune condamnation de votre part. Et en ce mois de décembre 2010, mois de la venue sur terre du fils du Dieu que vous adorez, vous n’entendez pas les cris des personnes que les mercenaires libériens assassinent et torturent toutes les nuits, des femmes qu’ils violent. L’ONU a compté à ce jour 173 tués, des centaines de blessés, des dizaines de cas de torture et de disparitions. Combien de litres de sang faut-il pour étancher la soif de pouvoir de Laurent Gbagbo ? Vous demandez que l’on prie pour toutes ces victimes, mais vous ne condamnez pas les auteurs que vous connaissez bien. Quel genre de pasteur êtes-vous donc, cardinal Bernard Agré ?
Votre Eminence, si vous étiez un homme de Vérité, un homme qui aime son pays, vous useriez de votre autorité pour faire comprendre à Laurent Gbagbo qu’il conduit la Côte d’Ivoire au chaos en voulant s’accrocher à un pouvoir que les Ivoiriens lui ont refusé par la voix des urnes. Nous autres qui tombons sous les balles des tueurs de Gbagbo pendant que des hommes comme vous se taisent, n’avons pas d’autre choix que d’appeler au secours cette communauté internationale que vous semblez détester. La Côte d’Ivoire ne sera pas un nouveau Vietnam. Il n’y a plus de lutte anticoloniale, plus de guerre froide. Il y a juste un peuple qui se bat contre un tyran et qui appelle le reste du monde à son secours, un peuple qui se bat pour sa liberté et qui veut que sa voix soit respectée. Et nous avons foi en ces paroles d’Appolinaire :
« Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores

Etonnons-nous des soirs, mais vivons les matins. »

Nous continuerons de nous battre, jusqu’à la dernière goutte de notre sang, nous ne baisserons jamais les bras, en ayant foi en ces mots de Barack Obama, le jour de son investiture : « Avec espoir et vertu, bravons une fois de plus les courants glacés et les orages à venir, afin que les enfants de nos enfants puissent dire de nous qu’au moment de l’épreuve nous avons refusé d’abandonner la route, nous n’avons ni reculé ni fléchi et, les yeux fixés sur l’horizon et forts de la grâce de Dieu, nous avons porté ce grand don de la liberté et l’avons transmis, sain et sauf aux générations futures. »

Venance Konan
Email : venancekonan@yahoo.fr